Quatre heures du math

Des fois je me pose des questions métaphysiques. Sur l’instant c’était : Est-ce que j’aime vraiment ça ?

Pour replacer mes interrogations dans leur contexte original, avant interprétation erronée, je précise qu’il est ici question de randonnée.

En l’occurrence, prenez :

  • deux copains
  • une montagne
  • un réveil bien trop tôt
  • une soirée bien trop arrosée

Réveil à quatre heures du matin, c’est un peu rude. On s’habille, sans parler ; on déjeune, vite fait ; on fait un thermos de thé, très chaud ; on prend la voiture : direction Chamechaude en Chartreuse.

C’est pas très loin, mais à quatre heures trente du matin tout prend une autre dimension. Dans l’ordre on croise :

des étudiants bourrés, tombés de leurs vélos en plein milieu de la route
des voitures
plus rien
un renard
un hibou
une biche
une jeune femme en robe de mariée
Arrivés au col de Porte un peu après cinq heures, on attaque les 756 mètres d’ascension. Il fait nuit complète, on marche à la frontale et assez rapidement : question – Est-ce que j’aime vraiment ça ?

Mais qu’est ce que je fais à cinq heures du matin, en pleine nuit, au milieu des rochers ? Je suis claqué, il fait froid, le vent souffle en rafales bruyantes. On met le coupe vent : trop chaud, on l’enlève : trop froid. Je bois un peu, l’eau est glacée ; en plus j’ai super envie de pi**er. Puis je vois la frontale de David qui se rapproche, alors je repars.

On continue de monter. Premières traces de neige, je ne résiste pas au plaisir de marcher dedans. Ca fait « scronch » et là : réponse

Les yeux qui tirent un peu ; les mouvements des muscles que l’on sent un à un ; l’air que l’on inspire, glacé, jusqu’au fond des poumons ; l’eau qui descend dans l’oesophage ; le coeur qui bat jusque dans les tempes ; les pieds qui tapent sur les cailloux. Etre vivant et le sentir.

On continue de monter. Un petit passage où l’on doit se tenir à un câble et c’est le sommet. 2082 mètres. Il n’est pas encore sept heures.

La haut il y a un vent de dingue. On s’habille au max, tshirt-pull-polaire-coup-vent-bonnet-gants, mais on se pèle quand même ; on descends un peu pour se mettre à l’abri, mais on se pèle quand même. Le thermos sort de son sac. On boit un peu, on mange quelques gateaux mais on se pèle toujours.

Un peu de clarté au dessus de Belledonne, on voit le massif du Mont Blanc au loin. David regarde les massifs et là : réponse

Le jour arrive ; les couleurs changent ; les montagnes s’allongent ; les bruits changent ; le soleil arrive. Etre là et pas ailleurs.

Il est un peu plus de huit heures, ça fait une heure qu’on attend là, au sommet. On attaque la descente. C’est facile : à fond dans les pierriers. En quarante minutes ce sera fait. On croise des randonneurs qui, eux, montent. Matinaux ? qu’ils nous disent.

On ne peut pas lutter !
Douce nuit, courte nuit