Le petit livre noir

Le carnet. Le genre d’objet qui dans sa virginité représenterait presque l’infini des possibles : dessins, notes et autres pensées profondes qu’on saisirait d’un geste délicieusement fluide et inspiré. Le genre d’outil qui se marie bien avec les transports en commun, l’ipod et le temps pour soi. Un appareil photo à encre en quelque sorte.

La réalité est qu’en général la philosophie tiens deux pages, les listes de courses en prennent trois et le blanc gagne le reste. On m’a un jour parlé du « syndrome du banc de musculation » : le gars achète le top du top en se disant qu’il va s’y mettre sérieusement, (s’endette sur trente ans) et au bout d’un mois le truc prend la poussière dans le sous-sol de son pavillon de banlieue. Juste parce que c’est chiant, juste parce que c’est illusoire de vouloir soulever de la fonte dans sa cave en écoutant les Survivor. Rien à voir avec le moleskine ou le papier de riz mais l’idée est là car il est bien naïf de se voir écrire pour le plaisir d’écrire. (NDR. c’est quoi un blog au juste ?)

Un carnet chasse l’autre au bout de quelques pages. Probablement par un mélange de l’appel du neuf et du rejet du carnet précédent qui au final ne contient que des pattes de mouches, de la merde et des listes de courses.

Tout ça pour dire que je suis retombé sur un carnet de 2005 dont j’avais complètement oublié l’existence. Je retrouve en première page ma vision un peu naïve des prostituées (voir ce post, même si à me relire je trouve ça absolument pas clair) que j’ai un peu retrouvé dans le porno de Snae et dernièrement au cinéma dans Welcome to the Rileys. L’idée que finalement être dedans ou dehors ne tiens pas à grand chose.
En deuxième page une citation de Depardon « Que de temps perdu sans photos, sans écrits. » notée alors que j’écoutais une nocturne de Chopin. Spleen et Idéal. Et de remarquer que noter sur l’instant la pensée c’est risquer d’interrompre la réflexion quand noter après c’est risquer de ne pas tout tracer voir ne rien noter du tout.

En troisième page, au 29 janvier, quelques mots sur ma grand-mère (assez proche de ce post d’ailleurs), un bout des mémoires d’outre-tombe qu’il faudrait que je vous fasse lire tellement le passage me parait moderne et une pensée sur les draps de collectivité. On va éviter de faire dans le mélo, je vais vous épargner ça.

En quatrième page quelques projets photos qui traînent toujours par là, puis en vrac des bouts de Paris, un sandwich au pâté, le boulot, une lettre à un copain, ma nièce et deux ou trois dessins.

Ce qui me frappe, et ce dont vous vous foutez, c’est à quelle point ces idées que j’avais oubliées dans leur matérialisation première sont venues, récurrentes, me travailler depuis.

Quatorze pages en tout. Trois quarts de blanc dans le petit livre noir.

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