Fonds de tiroirs

Hier soir en triant un peu mon dossier Projets, je suis retombé sur deux planches que j’avais faites pour le concours d’affiche du Festival du court métrage en plein air de Grenoble.

A voir ça aujourd’hui, je trouve que ça brûle un peu les yeux. Particulièrement les choix de couleurs vert / jaune, même si il faut quand même leur reconnaitre le mérite de. Ah non en fait.’est parti pour quatorze heures de vol.

Pour ceux qui se poseraient la question, ça n’avait évidement pas été retenu. Les affiches utilisées sont visibles sur le site du festival.

De tête, ça a été fait en vectoriel sous inkscape ; pirater Illustrator c’est mal. La photo a été prise depuis le 5ème étage de mon cousin à Paris, de l’Ilford HP5 shootée au FM2 probablement puis scannée à l’arrache avec un scanner à plat prété par Stéphanie.

Une autre proposition est à voir dans la galerie Flickr, mais il faut aimer les ronds.

Festival court metrage de grenoble #1

Etalage à vol

Devant Monoprix j’ai croisé trois gamins aglutinés, un grand et deux petits marchant d’un pas raide. Je dis grand mais le plus âgé devait avoir dans les huits-dix ans. A voir leur petit groupe de trois et leur sourires biscornus, à vingt mètre ça sentait la bêtise.

Un, deux. Le plus grand entre, attrape un hélicoptère radiocommandé, regarde les deux autres qui, dehors, pouffent et ressort. Trois, quatre. Tout le monde s’éparpille gauchement, on dirait qu’ils jouent à cache cache. Dix minutes plus tard dans le petit parc de la rue derrière j’imagine un « Y’a pas de piles » déçu.

On note déjà l’intelligence d’un magasin qui étale des jouets en vitrine sur un chemin d’école. Notre voleur a fait moins de trois pas entre la porte automatique et l’objet de son larcin. On me dira surement que la question ne devrait pas se poser en ce sens, que le vol c’est mal et qu’on a bien le droit de coller de la nourriture sous le nez des affamés. Je m’étais déjà fait la remarque avant cet épisode sentant bien qu’il y avait là une tentative minable d’extorsion de fonds via de subtils « Hey papa, tu as vu ? » en forme de peluches Hello Kitty grosses et roses.

Sur le moment je me suis par contre demandé si j’avais raison de laisser courir les voleurs de pommes ou si il aurait fallu intervenir, crier un ridicule « Au voleur » ou chopper le gamin par l’oreille. A vrai dire je ne me voyais bien ni en flic ni en balance et je me suis souvenu que moi aussi plus jeune j’avais fait deux-trois trucs dans le genre (coucou papa, ça va ?) sans devenir un truand pour autant.

Qui vole un oeuf, vole un boeuf. Bullshit.

L’anecdote m’a quand même travaillé, dix jours après je me demande ce qu’est devenu l’hélicoptère, si le gamin s’est fait remettre en place par ses parents, si il y pense encore et avec quels sentiments.

Vous auriez fait quoi vous ?

L’Italie …. quelques idées qui me viennent à l’esprit !

Il y a quelques semaines, un matin entre la fin des vacances et la rentrée, j’ai trouvé une monographie de Gianni Berengo Gardin au Gibert de la place Victor Hugo. J’avais déjà acheté un petit livre noir de la collection Photo Poche mais vingt-deux euros contre soixante-dix, la réflexion dure le temps de tendre la main.

439 pages. L’Italie en prime.

Une de ses photos la plus connue est une petite voiture anglaise, de dos, face à la mer. A son bord deux personnes, deux têtes, deux nuques.

Je trouve paradoxalement que cette photo très contemplative n’est pas vraiment représentative de l’oeuvre de l’homme. Ouvriers, hôpitaux psychiatriques, enterrements, jeunes Italiens à scooter, nomades, travaux des champs. En caricaturant on pourrait le caser dans la grande école Humaniste. Have a look at Google images même si c’est biaisé.

Sur certains points je trouve d’ailleurs que cela se rapproche de Willy Ronis. En plus sombre, les images de Ronis me semblent toujours joliment optimistes. Ca n’est pas toujours le cas ici.

En fait ce qui m’intéresse ici c’est un morceau du dialogue en préface dans lequel je retrouve un de mes problème « d’homme de gauche ».

– … j’ai donné certaines photos à une grosse entreprise romaine qui voulait les publier dans son rapport annuel. Ils en ont éliminé la moitié en disant qu’elles étaient « trop de gauche ». Désormais j’ai cette réputation, mais il s’agissait de photos normales, de la réalité. Ensuite peut-être, bien sûr, que c’est une réalité de gauche, mais il s’agit bel et bien d’une réalité. Pour moi le social, c’est tout… C’est l’homme en général. J’essaie de faire voir, je n’y arrive pas toujours.

– Et les prolétaires ne sont pas toujours beaux et sympathiques.

– Je n’ai jamais vu pires sexistes que les camionneurs, sans parler de certains maçons qui violeraient leur fille et leur grand mère ! Il faut avoir le courage d’admettre certaines choses… Qu’ensuite ce ne soit qu’une question d’éducation, c’est autre chose, mais la réalité…

Etre et Avoir

Julie rentrée au CP il y a chaque soir un peu de temps à passer sur les devoirs. Quelques mots à lire, quelques phrases à déchiffrer, une poésie à réciter et autres petites choses qui nous font vraiment rentrer dans l’apprentissage. Ça n’est jamais bien long, un quart d’heure, vingt minutes à passer ensemble sur la toile cirée rouge à pois blancs de la table de la cuisine.

Moi qui avais déjà l’impression de donner beaucoup à mes enfants, ça enclenche la vitesse supérieure. Après une journée de taff il faut en plus se faire m+a = ma, a+n = an, m+an = man, ma + man = maman. Les lettres, les sons, les associations de sons, les mots.

Quand la concentration est dans les poches et que c’est quand même pas bien compliqué (bordel), on remet en perspective le fait qu’elle aussi a eu droit à sa journée de taff et on recommence. Concentre toi, on en fait encore deux et on arrête.

Je crois que c’est vraiment un moment qui me plaît.

Evidemment, je ne dirais peut être plus ça dans trois ans quand on aura double dose de devoirs. Peut-être aussi que c’est elle que ça va gonfler, les devoirs avec le père (j’ai personnellement rembarré assez jeune maman qui me faisait faire mes devoirs après son boulot. Fils ingrat.). On verra.

En rentrant du travail avant hier je suis passé devant le nouveau centre commercial qui vient d’ouvrir ses portes à côté de chez nous. En voyant les gens chargés de paquets je me suis fait la réflexion, quelque peu alter-mondialo-elito-boboiste je vous l’accorde, que l’ordre dans lequel on enseigne les auxiliaires à nos enfants avait du changer: avoir et être.

Action discrète et l’identité nationale

Je profite de mon velotaff hebdomadaire (ou plus si affinités) pour écouter mes podcasts en retard. La liste est longue car pour les podcasts c’est un peu comme pour les blogs, je m’abonne puis je croule sous les lectures.

Parenthèse – Je viens de faire les comptes, j’ai 184 flux dans mon netvibes et une dizaine d’abonnements podcasts ; c’est finalement sans rapport. Je lis, mais j’écoute peu donc. Fin de la parenthèse

Ce matin j’en suis rendu à Eclectick, l’émission du 16 janvier 2010. Il a été indirectement question du débat sur l’identité nationale avec l’intervention des gens de Action Discrète (émission humoristique diffusée sur Canal+).

Ils ont participé au débat sur l’identité nationale organisé à Troyes, en décembre 2009 sous la direction du préfet de l’Aube, Christian Rouyer, ce qui donne à peu près ça:

– Quand j’entend ce que j’entends ; quand je vois ce que je vois, j’ai honte d’être Français. Et j’en suis fier ! J’en suis fier !
– Non, il n’y a pas de quoi être fier monsieur. Moi je suis fier de vous dire que si vous avez honte, et bien je n’en suis pas fier.
– Et bien moi, j’ai honte pour vous monsieur.
– Je suis fier de ne pas avoir honte monsieur.
– Et bien moi j’ai honte de ne pas être fier.
– Et bien c’est honteux !
– C’est vous qui êtes honteux monsieur ! J’ai honte pour vous.
– Moi je n’ai pas honte de vous dire que vous n’êtes pas fier et que c’est ça qui fait la honte d’un pays. Avoir honte de la fierté qu’on devrait avoir alors qu’on a honte de sa fierté. C’est honteux monsieur.
– Vous pouvez répéter ça monsieur ?
– Je dis que avoir honte de la fierté qu’on devrait avoir pour un pays et bien c’est la honte. Et y’a pas de quoi être fier !
– La honte d’être fier c’est la fierté d’avoir honte !

… le grand n’importe quoi.

– C’est une honte d’être fier d’avoir honte, monsieur ! C’est ça la honte.
– Non ! C’est vous la honte monsieur !
– Et vous ne faites pas le fier.
– Je suis Français moi monsieur !

… et de chanter la marseillaise.

– C’est français ça monsieur !

Bref, c’est le grand n’importe que et c’est le genre de petites choses qui me ferait regretter de ne pas avoir la télé.

faire ressortir mon cahier à dessin…

Je profite de cette fin d’après midi pour ressortir mon cahier à dessin et gribouiller un peu. Au départ c’est plus l’acte que le dessin lui-même qui me motive. Le feutre qui gratte la feuille. Le blanc qui devient noir tout ça.

Voici donc une allégorie sur la vie qui vient s’ajouter au traditionnel « La Vie, c’est comme une boîte de chocolats… ». Si tant est que Forrest Gump soit entré dans la tradition.

Si je devais me lancer dans de la philosophie de comptoir, je dirais que ce qui ressort de ce « truc » c’est que, quel que soit le chemin, la fin est toujours au même endroit ; la durée du voyage variant éventuellement. Je dirais aussi qu’il y a toujours un moment où un choix se pose ; des voies qui paraissent différentes peuvent se rejoindre plus loin, plus tard. Ou jamais – à la fin.

Mais ce qui me marque le plus a posteriori c’est qu’il n’y a pas d’impasse ; on ne peut faire qu’avancer. Même si le chemin sent la merde.

A vot’bon cœur messieurs-dames.

Il me semble avoir déjà vu passer sur Internet quelque chose dans le genre, en mieux forcément, mais j’avais envie. A noter aussi que le scan est bien dégueux.

Mes filles, mon Yashica (et moi)

Un samedi matin, fin février, on va chercher des croissants puis boire un café sur la place. Un expresso et un grand crème. Je profite de l’occasion pour jouer avec mon Yashica Electro 35 CC. Je fais 4 photos, les filles en font deux. Elle prennent du plaisir à coller l’oeil au viseur, appuyer et entendre le clic discret de l’obturateur central. Elles ne comprennent pas que la photo n’apparaisse pas directement, au dos de l’appareil, puis elles passent à autre chose. Les photos seront floues, évidement.

Marie monte, descend, elle part, elle reviens. Elle me montre sa tresse. Elle est jolie.

Un deuxième expresso s’il vous plaît.

Quelques heures plus tard nous allons chez Tonton Nico pour son anniversaire. C’est carrément la fête avec les cousines: ça crie, ça court, ça saute et ça rigole.

Julie mets un masque, fait la folle et passe à table. Elle est jolie.

Ensuite on se balade. Je fais d’autres photos. Toujours le clic discret de l’obturateur central.

Je l’aime bien ce petit Yashica. Le viseur est clair, il fait un beau bruit et l’objectif lumineux est relativement piqué. Sa vignette un peu à pleine ouverture, mais le rendu n’en est pas désagréable. J’essaie de vous en faire une review d’ici peu.

Lorsque nous vivions ensemble

Ma lecture de ces deux derniers jours a été Lorsque nous vivions ensemblede Kazuo Kamimura. Un gros bouquin tout rose qui nous décrit pendant sept cents pages la vie d’un jeune couple dans le japon des années 1970. A 21 et 23 ans, Kyôko et Jirô vivent en couple, font l’amour et doutent. Dans une époque traditionaliste ils semblent craindre le mariage comme le couperet qui mettra fin à leur relation. Inexorablement.

Aux vues du volume et du sujet, j’ai eu peur de subir l’attaque des Feux de l’amour Japan style, mais l’auteur a pris le parti de morceler l’histoire en micro chapitres. Histoires dans l’histoire, ils ressemblent à un chapelet d’haïkus que l’on égraine un à un.

La neige tombe,
Je la regarde,
Elle tombe encore.

Le couple est une petite barque sur l’océan ; ils font des rencontres, le plus souvent des gens étranges et pervers tueurs d’oiseaux, se cherchent, vivent le quotidien et tout son poids. Bien souvent le sexe semble être le seul ciment de leur union : ils baisent. Et ce, même s’il est avant tout question d’amour.

Nous détestons notre père et notre mère.
Pourtant, un jour, nous leur ressemblerons.
Comme mon père, j’étreindrai ma femme avec une haleine qui pue l’alcool.
Comme ma mère, je ferai le dos rond et je supporterai cette vie.
Puis un jour, devant le mot « Jeunesse », nous nous sentirons couverts de honte.

Encore 2 tomes à venir. Good !

Petite parenthèse graphique : c’est assez fort, les cases laissent régulièrement la place à des doubles pages sombres pleines de hachures ; les personnages inquiétants perdent leur pupilles et se zombifient ; le vent hurle. En blanc, en noir, en gris.

(Tech)no logique

Je prends, je pose, je reprends, je repose ; je réfléchis, je pars et je reviens. Procrastination et idées pas claires. Il y a quelques temps je me posais (vaguement) la question de l’évolution de notre rapport à la musique :

Je me demande si l’ensemble iPod + iTunes + iTunes Store ne nous mène pas vers une bestofisation de l’approche musicale. N’acheter/ne garder que les meilleurs morceaux sonne certainement le glas des albums concepts (genre The Wall de Pink Floyd pour faire dans le récent). J’imagine aussi que c’est aussi un bon coup de latte dans la diversité musicale et dans l’éducation de l’oreille, l’homme ayant nature à aller vers les mélodie plus faciles et harmonieuses.

Depuis, j’ai eu droit aux publicités pour Deezer premium et aux annonces des opérateurs de téléphonie mobile me ventant les plaisirs du téléchargement légal, illimité, vingt-quatre heures sur vingt-quatres : télécharger « des milliers de titres » sur son mobile. La quantité constitue rarement un argument recevable. Sur ce point, c’est peut être chez Snae que c’est le mieux traité.

Depuis, j’ai aussi entendu que Pink Floyd avait gagné un procès contre EMI qui s’était engagé en 1967, puis en 1999, à ne vendre la musique du groupe qu’au format album. iTunes Store, j’écris ton nom.

J’ai du mal à me faire une idée précise de tout ça et, surtout, à en faire la part des choses.

Avec la bande magnétique on faisait des mixtapes ; aujourd’hui on télécharge à l’unité puis on playliste. On enregistrait la radio ; on pirate. C’est à croire que ce ne sont pas les comportements des passionnés-acheteurs-consommateurs, je ne trouve pas le mot juste, qui ont changé mais que les vendeurs, le mot est tout trouvé, savent maintenant taper là où c’est facile, là où ça fait bling.

Tout ça sent quand même le cercle vicieux et la faiblesse entretenue.

Aujourd’hui et plus généralement, j’ai l’impression que l’on se tourne vers la technologie avant tout. Pour chaque nouveauté, chacun y va de son annonce, de son test, de son analyse « Apple va-t-il se planter avec l’iPad ? ». Franchement, a part les actionnaires, ça intéresse qui ?

Sur le départ

J’ai beaucoup de mal à gérer le stress des voyages. Plus la date approche, plus la tension monte. Je fais des listes sur papier, je fais des listes dans ma tête, je réutilise celles de l’année dernière. Je fais et je défais mais rien à faire : j’ai toujours l’impression d’oublier quelque chose ou, pire, de me surcharger en superflu.

Demain, nous partons pour 16 jours en Asie. Singapour-Bali-Singapour.

Un Moleskine rouge, un feutre, un crayon à papier, des crayons de couleurs et un taille crayons. Le tout dans une trousse Barbapapa rose. Des livres pour les filles et des livres pour les grands. L’année dernière je m’étais perdu en Alaska : Into the wild de Jon Krakauer. Cette année j’ai attrapé un peu au hasard un bouquin de nouvelles japonaises : Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami. Voilà pour l’essentiel.

Quel(s) boîtier(s), quel(s) objectif(s) et quel(s) film(s) ? Pour éviter les questions sans réponses : back to basics. Un boîtier, deux objectifs, un film. Je bourre mon FM2 dans la besace, le 24, le 50 et de la Fuji Acros.

Noir & Blanc donc. Après New-York ça n’est, bizarrement, que mon deuxième voyage entièrement monochrome.

Il reste à ne pas succomber à la tentation de glisser les deux rouleau de diapo qui attendent au frigo et ne pas se poser la question de la différence entre la photo de vacance et la Photo. Il n’y en a pas.

Une petite matinée de boulot, encore une après-midi de stress et c’est parti pour quatorze heures de vol.