Les philistins

Sur ma pile de livre il y a, entre autre choses, les Petites leçons de culture générale par Eric Cobast. Je ne me souviens plus trop comment le bouquin a atterri là, encore une histoire de couverture -elle est si jolie en bleu rayé vert- sans doute. Plutôt agréable et facile avec une organisation systématique en définir, composer, approfondir, ça se lit comme un petit sablé avec le café: par petits chapitres.

Parfois des raisons de sourire, de s’énerver ou pleurer, selon le cas, selon le mood du jour. Intéressant toujours.

Chapitre six, la culture :

L’art est métis. Par définition d’abord , puisqu’il réclame le mélange d’un savoir-faire, une technique, et de ce qui ne peut ni s’acquérir ni se transmettre, le génie. Ainsi l’artiste est il fondamentalement un « homme mêlé » qui sait également puiser son énergie créatrice dans la rencontre de l’inconnu, voire de l’inattendu. Le métissage est aussi le cœur de son inspiration (…)

La culture peut elle faire l’objet de ces vastes marchandages ? La réponse n’est sans doute pas à chercher du côté de l’indignation vertueuse qui s’offense de voir les créations reléguées à l’état de simples produits. L’art et l’argent ont depuis longtemps partie liée ! C’est plutôt la nature du marché qui ne laisse pas d’inquiéter (…) Contre le métis, bel hybride fascinant, il oppose le « standard ».

(…)

Le mot « philistin » (…) désigne (…) « un état d’esprit qui juge tout en terme d’utilité immédiate et de valeurs matérielles et n’a donc d’yeux pour des objets et des occupations aussi inutiles que ceux relevant de la nature et de l’art ». Le philistin, voilà donc l’ennemi tout désigné de l’artiste. Au XIXème siècle, le mot sonne en effet comme la pire insulte (…) il incarne toutes les valeurs d’une société « bourgeoise » et pour cela même exécrée. C’est contre lui que l’artiste se constitue et produit une oeuvre à l’inutilité flamboyante.

Avec l’air des masses, il devient utile de se distinguer, et le philistin ressent ce besoin comme les autres. La culture apporte ainsi de la valeur qu’elle peut ajouter. Elle devient signe extérieur d’exception, le principe même de son rejet du philistin est pour ce dernier un nouvel indice du prix qu’il convient de lui accorder. (…) Enfin reconnue, la culture l’est à titre de « marchandise », elle se découvre n’être qu’un signe extérieur de richesse.

(…)

En donnant du prix à ceux qui n’avaient d’autre objectif que de le dévaluer, M. Homais a montré sa grandeur d’âme, il a surtout montré que tout s’achète : rien ne résiste plus très longtemps à l’esprit de calcul. La force du fonds de commerce, c’est qu’il est sans fond !

Joie et bonheur !

Note : Si d’aventure M. Cobast passait par là, j’espère qu’il ne prendra pas ombrage des (nombreuses) lignes copiées ici.

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