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La mort vous va si bien

On en voit un peu partout. Du plus abstrait commentaire, please RT à la manifestation avec des vrais gens dedans, tous unis pour sauver un dénommé Troy Davis.

A l’opposé: les early adopters. Qui d’écrire un truc à méditer, qui d’autre de hurler qu’on se découvre tous anti peine de mort pour un jour. POUR UN JOUR. Italic, Bold, Underlined. A les lire on croirait que la peine de mort c’était mieux avant.

Bien sur qu’il est plus facile de mobiliser pour un supposé condamné-à-tord que pour un supposé condamné-à-raison. Vaste choix de violeurs, meurtriers en boutique. Evidement que la plupart des indignés de ce jours éteindra demain la télévision et reprendra une activité normale. So what ? La prise de conscience, même passagère, garde sa valeur. Pourquoi critiquer cela ?

Demain Troy Davis aura probablement eu droit à sa dose. Demain, il y aura encore des gens pour penser que l’exemple de la peine capitale fait peur et joue son rôle dans la maîtrise de la criminalité. Demain, il y en aura d’autres pour qui tuer ne fera pas moins de morts. Et nous, on aura bien parlé, le vent soufflera un peu et, à défaut de pouvoir faire des cordes à sauter avec toutes les potences du monde, on reprendra le cours de ce qui était hier.

Note: Le dernier jour d’un condamné de Hugo, good book.

Yo is what yo is

Petite soirée père-filles où je me retrouve à préparer une omelette coriandre-comté en écoutant le Wu Tang Clan. Bobo un jour.

Pour l’omelette c’est genre ici, chez (le très bon) Guillaume Long. Tu ne bas pas tes oeufs sinon ça va mousser et avec tout l’air que tu auras injecté dedans, ça va gonfler et ton omelette, tu pourras t’en servir de joint pour tes fenêtres. Pour le Wu Tang, ça serait plutôt par .

Ma poêle à la main je fais quelques pas genre hip-hop, sachant que de base j’ai à peu près le sens du rythme d’une pierre et l’aisance corporelle d’une planche. Julie me regarde incrédule et fini par dire que ça ne va pas vraiment et qu’en plus les gens qui font ça en général, ils sont noirs. Ca n’est pas exactement les mots qu’elle a utilisé, il était peut être plus question de moi qui suis trop blanc. Il n’y avait rien de négatif mais voir un enfant tomber dans un tel cliché ne porte pas vraiment à rire.

Et d’expliquer que ça n’est pas ta couleur de peau qui te limite ou t’impose quelque chose et que si tu as envie de quelque chose, tu le fais.

Ce matin en parlant des activités du centre aéré, BMX ou accrobranche, en réponse à un tu devrais essayer le BMX, c’est coule on a eu droit à quelque chose comme mais c’est un truc de garçon.

Et d’expliquer que ça n’est pas ton sexe qui te limite ou t’impose quelque chose et que si tu as envie de quelque chose, tu le fais.

Je me demande si les enfants ne sont pas complètement fans de stéréotypes. Etape nécessaire à l’intégration au groupe et construction intellectuelle. A moins que cela soit nous. Nous qui leur en mettrions plein la tête. Barbie contre Action man. Mon premier aspirateur contre Mon premier pistolet. Il y a probablement un peu des deux.

Du coup, on est bon pour Eminem.

Bonus: yo is what yo is

Connexion synaptique

Depuis les vacances en Corse, depuis la cathédrale de Calvi, depuis le tableau de Jésus au tombeau, le coup de lance au flanc droit, les mains et les pieds percés de clous, il arrive souvent que Jésus s’invite dans la tête des filles. Difficile d’expliquer l’histoire et la croyance, ceux qui croient, ceux qui ne croient pas et ceux qui croient à autre chose. Bref.

Ce matin sur le chemin de l’école j’ai eu droit à :

- Papa nous on n’a pas connu Jésus. Pourquoi ?
- Parce qu’il est mort il y a très longtemps.
- David Bowie aussi on le connait pas.

Ne pas chercher à comprendre le parallèle.

Ground control to major Tom
Ground control to major Tom
Take your protein pills and put your helmet on
Ground control to major Tom
Commencing countdown, engines on
Check ignition and may gods love be with you

This is ground control to major Tom, you’ve really made the grade
And the papers want to know whose shirts you wear
Now it’s time to leave the capsule if you dare

This is major Tom to ground control, I’m stepping through the door
And I’m floating in a most peculiar way
And the stars look very different today
Here am I floatin’ ’round my tin can far above the world
Planet Earth is blue and there’s nothing I can do

Though I’m past one hundred thousand miles, I’m feeling very still
And I think my spaceship knows which way to go
Tell my wife I love her very much, she knows
Ground control to major Tom, your circuits dead, there’s something wrong
Can you hear me, major Tom?
Can you hear me, major Tom?
Can you hear me, major Tom?
Can you…
Here am I sitting in my tin can far above the Moon
Planet Earth is blue and there’s nothing I can do

23:23

Quelque peu coupé dans mon plaisir de gamin, je reste vissé à ma chaise, la figure éclairée au néon de l’écran.

Pas si loin d’ici les chenilles avancent et de l’autre côté de la flaque on vote avant envoi des super frelons. Vaste combat d’insectes et bruits de roquettes. Peu importe finalement. Quoi qu’il advienne dans quelques heures c’est mort et désolation. Avec ou sans NOU.

A peine plus loin, un vieux s’effondre devant ce qui fut sa maison.

Il faudrait pouvoir prendre toute la merde du monde pour en faire une grosse boule qu’on irait faire rouler tout au fond d’un tunnel. Les coléoptères ont au moins ça pour eux.

Jambon

Cher journal,

je viens de terminer le sandwich au jambon que j’avais commandé pour midi. Avec sa bouteille de coca(c) zero(c) il m’aura coûté sept Euros ce qui, il faut bien l’avouer, fait quand même bien chier. Heureusement il faisait beau !!! J’en ai profité aller au skatepark me faire ridiculiser par des gamins. Le petit roux à lunettes a pris une pelle, il y a quand même une justice.

Tant que j’en suis à te perler jambon, je voudrais aussi parler pierre et tissu, mais je crains de manquer de mots. Cela me fait penser que je devais d’ailleurs parler laïcité avec Sophie la rouge et qu’on n’a toujours pas trouvé le temps de se poser autour du sujet. Affaire à suivre donc.

Je t’embrasse,
Francois

Viva la revolución

J’avais une forte envie de parler légèrement, décrire les derniers bouquins que j’ai parcouru ou sortir une photo de vacance, mais je me suis retrouvé à dessiner des poings levés. Sur le cahier au papier jaune et fin que j’avais ramené de Singapour il y a deux ans, vendredi soir au bord du lit, des coups de feutre bâclés. J’ai réduit ma foule à une dizaine de bras et plié mes deux premiers coudes à l’envers, ça leur fera les pieds.

Révolution

C’est assez étrange cette sensation, voir des peuples se lever et y aller pacifiquement ou à coup de pierres et entendre l’Occident commenter ou pas les événements en fonction de ses intérêts économiques. On n’aura pas droit à un « casse toi pauvre con » car nos besoins de stabilité ont probablement plus de poids que les envies libertaires du peuple Egyptien et ce alors que cette même liberté est souvent prétexte à d’autres choses, Operation Iraqi Freedom, je vous laisse compter les morts.

Sur la forme Madame m’a dit qu’elle a déjà vu ce dessin quelque part ce qui n’est pas illogique vu que l’équation révolution = poings est une image facile. Je ne prétend pas avoir grande originalité dans mes gribouillages mais si quelqu’un me trouvait l’original, je suis curieux de voir sa tête.

Get a better hope

Il y a quelques temps déjà j’ai regardé (via monsieurlam) la vidéo de Joel Burns prenant la parole au conseil municipal de Fort Worth au Texas. La première fois j’ai eu les larmes aux yeux et je n’ai pas tout compris. Je suis allé voir Fort Worh et j’y suis revenu la gorge nouée.


New-York avenue, Fort Worh, Texas

Burns raconte son histoire personnelle en réaction à la récente vague de suicides chez les jeunes gay (ou présumés gay) qui, de brimades en insultes, en viennent à se coller un gun dans la bouche pour échapper à la violence quotidienne. Ou le gamin de quatorze ans qui rentre chez lui, prends son goûter, range son cartable et va se pendre au garage.

Son histoire personnelle c’est celle d’un enfant de treize ans qui, fils d’une pianiste d’église méthodiste et d’un cowboy texan, réalise à son entrée dans l’adolescence que ses sentiments ne collent pas forcement avec l’image que l’on attend d’un fils de. L’histoire d’un enfant qui, lors d’un cours de natation, se fait insulter par des garçons plus âgés qui le traitent de tapette (faggot en anglais) et lui disent qu’il devrait mourir et retourner dans l’Enfer auquel il appartient. L’histoire d’un enfant qui rentrant chez lui se dit qu’il doit y avoir quelque chose d’anormal et de très grave le concernant. Quelque chose de si grave qu’il faille que jamais sa famille, ou quiconque, ne l’apprenne.



Son histoire il la raconte avant tout pour les enfants. Pour qu’ils sachent que passé l’école, passé les études, une fois quitté tout ça, cela ira mieux. Que cela sera dur mais qu’avant tout, cela vaut le coût. Pour qu’ils sachent qu’ils trouveront des amis qui les comprennent, que personne ne les obligera à garder le contact avec leurs tortionnaires passés et que la vie a tant à offrir au delà. Que si l’histoire s’était terminée au bout d’une corde ce jour là il n’aurait jamais entendu son père, celui-là même qu’à treize ans il imaginait incapable de le comprendre, lui dire à quel point il était heureux qu’il soit là. Aujourd’hui.

Le hasard fait qu’on a regardé Harvey Milk, le film, et qu’il y est aussi question d’une vague de suicides chez les jeunes gays d’Amérique. Quand on constate que le Hope speech d’Harvey Milk a pris 32 ans, 1978, et n’a pas pris une ride, je me dit qu’il y a encore du chemin.



Skate in Kaboul

Petit moment d’humanité autour d’une planche, deux trucks et quatre roues. Improbable et quasiment anachronique.

…pour ceux que ça gonfle, zappez à 04:10 pour écouter le témoignage de la jeune fille.

SKATEISTAN: TO LIVE AND SKATE KABUL from Diesel New Voices on Vimeo.

Via trendsnow

Etalage à vol

Devant Monoprix j’ai croisé trois gamins aglutinés, un grand et deux petits marchant d’un pas raide. Je dis grand mais le plus âgé devait avoir dans les huits-dix ans. A voir leur petit groupe de trois et leur sourires biscornus, à vingt mètre ça sentait la bêtise.

Un, deux. Le plus grand entre, attrape un hélicoptère radiocommandé, regarde les deux autres qui, dehors, pouffent et ressort. Trois, quatre. Tout le monde s’éparpille gauchement, on dirait qu’ils jouent à cache cache. Dix minutes plus tard dans le petit parc de la rue derrière j’imagine un « Y’a pas de piles » déçu.

On note déjà l’intelligence d’un magasin qui étale des jouets en vitrine sur un chemin d’école. Notre voleur a fait moins de trois pas entre la porte automatique et l’objet de son larcin. On me dira surement que la question ne devrait pas se poser en ce sens, que le vol c’est mal et qu’on a bien le droit de coller de la nourriture sous le nez des affamés. Je m’étais déjà fait la remarque avant cet épisode sentant bien qu’il y avait là une tentative minable d’extorsion de fonds via de subtils « Hey papa, tu as vu ? » en forme de peluches Hello Kitty grosses et roses.

Sur le moment je me suis par contre demandé si j’avais raison de laisser courir les voleurs de pommes ou si il aurait fallu intervenir, crier un ridicule « Au voleur » ou chopper le gamin par l’oreille. A vrai dire je ne me voyais bien ni en flic ni en balance et je me suis souvenu que moi aussi plus jeune j’avais fait deux-trois trucs dans le genre (coucou papa, ça va ?) sans devenir un truand pour autant.

Qui vole un oeuf, vole un boeuf. Bullshit.

L’anecdote m’a quand même travaillé, dix jours après je me demande ce qu’est devenu l’hélicoptère, si le gamin s’est fait remettre en place par ses parents, si il y pense encore et avec quels sentiments.

Vous auriez fait quoi vous ?

439 et l’Italie

Il y a quelques semaines, un matin entre la fin des vacances et la rentrée, j’ai trouvé une monographie de Gianni Berengo Gardin au Gibert de la place Victor Hugo. J’avais déjà acheté un petit livre noir de la collection Photo Poche mais vingt-deux euros contre soixante-dix, la réflexion dure le temps de tendre la main.

439 pages. L’Italie en prime.

Une de ses photos la plus connue est une petite voiture anglaise, de dos, face à la mer. A son bord deux personnes, deux têtes, deux nuques.


Je trouve paradoxalement que cette photo très contemplative n’est pas vraiment représentative de l’oeuvre de l’homme. Ouvriers, hôpitaux psychiatriques, enterrements, jeunes Italiens à scooter, nomades, travaux des champs. En caricaturant on pourrait le caser dans la grande école Humaniste. Have a look at Google images même si c’est biaisé.

Sur certains points je trouve d’ailleurs que cela se rapproche de Willy Ronis. En plus sombre, les images de Ronis me semblent toujours joliment optimistes. Ca n’est pas toujours le cas ici.

En fait ce qui m’intéresse ici c’est un morceau du dialogue en préface dans lequel je retrouve un de mes problème « d’homme de gauche ».

- … j’ai donné certaines photos à une grosse entreprise romaine qui voulait les publier dans son rapport annuel. Ils en ont éliminé la moitié en disant qu’elles étaient « trop de gauche ». Désormais j’ai cette réputation, mais il s’agissait de photos normales, de la réalité. Ensuite peut-être, bien sûr, que c’est une réalité de gauche, mais il s’agit bel et bien d’une réalité. Pour moi le social, c’est tout… C’est l’homme en général. J’essaie de faire voir, je n’y arrive pas toujours.

- Et les prolétaires ne sont pas toujours beaux et sympathiques.

- Je n’ai jamais vu pires sexistes que les camionneurs, sans parler de certains maçons qui violeraient leur fille et leur grand mère ! Il faut avoir le courage d’admettre certaines choses… Qu’ensuite ce ne soit qu’une question d’éducation, c’est autre chose, mais la réalité…