Petit retour à Prague, même hotel, même resto, même ambiance. La pluie en plus, ce qui au fond ne change rien. Sensation toujours agréable d’être coincé entre l’art nouveau, le moyen âge et l’ancien bloc soviétique.
Traditionnelle séance de déambulation pré-sommeil, le mieux est encore de laisser tomber la cellule et de se caler au trentième, à F2 dans les indécents isos d’aujourd’hui.
Il y aurait plein de choses à dire, notamment sur le mec à côté de qui j’ai passé ma journée et qui de son anglais inexistant se démène pour qu’on puisse discuter, ou sur la bouffe tchèque si euh nourrissante.
Sans rapport, si ce n’est les longues heures de correspondances, d’avions et de bus, j’ai enfin attaqué le roman de l’été que m’a prêté Sophie. C’est plein de justesse et de traits d’esprits. Je voulais en citer quelques passages mais à 23h20 il ne faut plus trop en demander. D’autant que j’ai peur que sortis de leur contexte tout ces mots ne perdent en saveur.
Attaquons l’année avec un peu de bleu. Celui de Murakami, celui du coeur, le ciel est encore gris. Après une probable scène de défonce, regarder par le carré de la porte restée ouverte la pluie tomber.
Sur ce fond de noirceur, je distingue clairement la pluie fine qui tombe. Au dessus du toit, le ciel est gonflé de nuages lourds, que l’on dirait badigeonnés de plusieurs couches de peinture grise. Dans l’étroit rectangle du champ visuel qui s’offre à moi, ce ciel est ce qu’il y a de plus lumineux.
Les gros nuages gris sont bourrés de fièvre. Ce sont eux qui imbibent l’air comme une éponge et qui nous mettent en sueur, Lili et moi ; ceux qui font que les draps sont tout froissés et collent à la peau.
Une ligne noire, extrêmement fine, strie en biais le ciel restreint. Sans doute un fil électrique ou une mince branche d’arbre. Mais la pluie se renforce et gomme ce trait noir.
A relire ce passage, je vois l’image un peu sombre de la scène sur le dépoli d’un TLR ancien. Il ferait un peu chaud, moite et on s’assiérait sur le bord du lit. Poésie de la sieste, bien plus douce que certains autre passage du bouquin. Je vous chercherai le t-shirt Mickey et la barre en acier.
Je traine depuis pas mal de temps l’envie de reprendre les maths. Oui je sais c’est bizarre, tendance maso.
J’ai profité de la réinscription à la bibliothèque pour glisser entre une bd et un livre de photos un bouquin au titre prometteur: Math en jeux, niveau 4eme/3eme.
Resté dix jours sur l’étagère, j’ai attaqué ce soir par un Nicolas dit à Sebastien: J’ai 6 fois l’âge que tu avais quand j’avais l’âge que tu as. Et Sébastien lui répondit: Et quand tu auras 6 fois l’âge que j’ai, la somme de nos âges fera 79 ans.
Niveau 4eme/3eme.
Bordayl.
PS: Sinon « Nouilles Tchajang », bd d’après Ahn Do-Hyun, poète Coréen, et « A marche forcée, les oubliés de la croissance chinoise », photos de Samuel Bollendorff dans des genres sans rapport sont tous les deux très bien.
edit: Victoire ! Ces petits fumiers ont 12 et 7 ans.
Il serait malhonnête de dire que j’ai été touché par ce qui est arrivé au Japon. Le séisme qu’on m’annonce vendredi autour d’une tasse de café. Tout ceci est si loin, si terrible que l’idée me traverse a peine, perdant rapidement consistance.
Irréel.
Inexistant.
Jusqu’à ce que j’imagine les gens balayés par cette vague si grosse, emportés vers un nul part où on ne les retrouvera pas. C’est une nouvelle de Haruki Murakami qui m’est revenu en mémoire et à pris forme de l’horreur. Le septième homme.
Une vague absolument gigantesque, comme je n’en ai jamais vu de ma vie. Il s’en est fallu d’un cheveu qu’elle ne m’emporte. A la place, elle a englouti ce qui était beaucoup plus précieux à mes yeux, et elle l’a entraîné dans un autre monde.
J’ai eu besoin de sortir ça, ne pas penser trop à l’eau qui court dans les poumons et aux corps démembrés. Le peindre en rose pour éviter le noir.
Tout en haut de ma pile du bord du lit il y avait le Sur la route de Jack Kerouak. Une jeune fille venait de jeter le livre que Gibert ne voulait pas reprendre. Doublon. Des mots en double à deux euros du kilos, autant tout balancer. J’ai donc récupéré le bouquin il y a deux ans dans une poubelle de la place Victor Hugo.
J’ai eu un peu de mal à prendre le train. D’une les personnages arrivent sans se présenter, comme des amis d’amis qu’on devrait déjà connaître alors qu’on n’a même pas retenu leurs prénoms. De deux l’histoire est sans histoire. On traverse l’Amérique dans un sens, puis dans l’autre. On s’arrête ici, ou là quelle importance. Ce soir on ira écouter du jazz dans un club miteux et on repartira à l’aube de notre grande Américaine. J’ai du m’y reprendre à deux fois et bizarrement plus le temps passe plus je prends conscience d’avoir apprécié le voyage.
Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti, fait parti de l’étrange catégorie des livres faciles. Ceux qu’on ne veut pas lâcher, dont la lecture se fait fluide et sur lesquels on pourrait pourtant trouver à redire. Le procédé une histoire, deux points de vue, on ne se comprend pas complètement et l’histoire d’amour improbable d’une bibliothécaire -citadine et cultivée- et d’un paysan -broderies aux fenêtre, table en formica sous l’éclairage au néon et odeurs de fumier- tombent en plein dedans. A la réflexion ce qui me gène dans les bouquins faciles c’est qu’au moment ou j’arrive au point final j’ai plus l’impression de sortir d’une balade de santé que d’un trek engagé accessible à la seule caste des guerriers du livre. Bref des conneries d’ego. Lisez-le c’est bien.
La vie en gris et rose de Takeshi Kitano. Des anecdotes de l’enfance, des détails du japon des années cinquante racontées comme autour d’une bière. En plus se faire tutoyer par Beat Takeshi c’est cool.
Au début:
Voilà quelle genre de mère j’avais. Ouh là là, terrible ! En plus du paternel, un ivrogne, comme je te l’ai raconté.
A la fin:
Mon paternel est resté un médiocre jusqu’à sa mort.
Bim !
On s’y ferra de Zoyâ Pirzâd. A dire vrai j’ai fini celui-là il y a quelques mois déjà. Je voulais écrire un quelque chose dessus que je n’ai jamais pris le temps de faire et aujourd’hui je suis un peu à court des sensations que j’ai pu avoir à ce moment. En deux mots ça donne envie de se pencher d’avantage sur la culture iranienne et y’a des coups de latte qui se perdent (faudra tenir jusqu’à la dernière page je n’en dit pas plus).
En ce moment je suis dans les poésies de Linda Maria Baros, L’Autoroute A4 et autres poèmes. La poésie, j’en suis au degré zéro de la connaissance, en dehors des vers de Maurice Carême que Julie ramène de l’école et des Fleurs du mal, et c’est assez prenant: j’ai l’impression de regarder le monde sous acide. Je vous évite l’extrait tellement ça ne respire pas la joie, mais c’est joli.
Sur une note plus positive, j’ai aussi lu les Notes de Boulet. Sans commentaires tellement c’est bon.
Il y a une dizaine déjà la superworkingmom a publié une liste de quinze auteurs. Les quinze marquants, ceux qui viennent sans y penser, ceux qui comptent et qu’on garde affectueusement en mémoire entre le goût du gâteau au chocolat de maman et le premier baiser.
Le premier bouquin qui me vient à l’esprit c’est Le monde perdu de Conan Doyle. Je devais avoir quatorze ans, on partait en bus direction l’Italie, mon correspondant s’appelait Giacomo. Il aimait le foot, séchait les cours, volait les insignes des Alfa Romeo qu’il croisait et roulait sans casque sur sa piaggio ciao. Chez lui ça sentait la minestrone et les produits d’entretiens. On était différent mais on se marrait bien. Le matin on prenait le bus en fraude pour aller en cours et j’avais dans mon sac les dinosaures de Sir Arthur.
A seize ans, les grandes vacances dans la maison de campagne. Des champs, des balades à vélo, le goudron fondu sur la route et le vol des insectes. Le soir on mange sur une vieille porte retournée sur deux tréteaux. Quand le soleil se couche il y a toujours quelques minutes de grand vent puis c’est la nuit. Les papillons viennent s’engluer dans la cire des photophores, leurs ailes finissent par cramer en dégageant une odeur d’encens. Ça aurait pu être Pagnol ou Giono mais je lis les Contes macabres et autres Histoires vénéneuses de Claude Seignolle, petite escapade fantastique pour le trouillard que je suis. Les pages jaunies sentent le livre, elle se détachent dans un bruit discret. Mon seul autre écart du genre tombe sous le coup du Horla de Maupassant.
Je ne sais plus trop quand j’ai lu Les raisins de la colère de Steinbeck. J’étais encore au Lycée c’est une certitude. Pour le reste : mystère. Ce foutu bouquin m’a vraiment remué. Les Okies coincés entre la grande dépression et le dust bowl obligés de prendre la route. Sécheresse, famine, exode, injustice. Des citoyens américains traités pire que chien par leurs concitoyens, ou la xénophobie a l’échelle d’un pays. (J’ai bien peur qu’aujourd’hui encore, et à l’échelle mondiale, on soit en plein dedans mais c’est un autre débat). J’ai retrouvé bien plus tard cette douleur dans les photographies de Dorothea Lange.
Florence Thompson et ses enfants, Dorothea Lange, 1936, via Life
Quelque part au début de mes études j’ai lu Tolkien, Le Seigneur des anneaux et autres. Immersion totale dans l’aventure avec un grand A. Ensuite j’ai lu de la Fantasy et le trop plein de -Gravdjane, l’elfe du bout du monde, chevauchait aujourd’hui la terre des hommes- et autres toujours-un-peu-pareil ont fini par me faire comprendre qu’il était temps de quitter le monde d’Atreyou pour retourner dans la vraie vie. Je ne suis pas sur de vouloir classer ça dans mes auteurs marquant mais ce qui est sur c’est que suite à ça, j’ai pris un virage.
now pump up the volume and relax
Au Lycée je n’étais pas un grand lecteur, je ne pense d’ailleurs pas l’être plus aujourd’hui, je n’ai même pas eu la force de lire les résumés des oeuvres fixées au programme. Demander aux potes au début du cours le sujet des chapitres qu’on devait avoir lu me suffisait bien. Croiser les doigts et regarder ailleurs pour éviter le regard du prof et par la même l’interro. J’ai du coup fait l’impasse sur pas mal de classiques, ce mot est vilain, et c’est bien plus tard sur mon lit en fer que je me suis un peu rattrapé. Ces livres m’ont marqués pour eux-même et pour l’ambiance dans laquelle je les ai lu. Dans le lot, beaucoup de choses qui ont fait de moi une vermine communiste:
Black Boy de Richard Wright.
La condition humaine de Malraux.
L’étranger, La peste, La chute de Camus.
Pour qui sonne le glas d’Hemingway.
L’immoraliste, La porte étroite et Les faux monnayeurs de Gide.
Des souris et des hommes de Steinbeck.
Le dernier jour d’un condamné de Hugo.
Les (imbitables) mémoires d’Outre Tombe de Chateaubrillant. Autant j’ai lu le premier tome d’une traite, romantique et triste comme une volée de corbeaux, qu’il m’a fallut des mois pour me farcir les deux derniers volumes.
J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian.
Ceux-là je ne sais plus les situer, alors je les pose en pile:
Trop sensibles de Marie Desplechins.
Bleu presque transparent et Kyoko de Ruy Murakami.
Il y a une grosse quinzaine, j’ai volé à Sophie le bouquin qu’elle s’était pris pour les vacances. J’ai glissé le petit livre vert à couverture cartonnée dans mon sac à dos jaune entre mon cahier à dessins moches et mon Electro 35 puis ai repris une part de pizza.
Sur la couverture on peut lire Quelque chose en lui de Bartleby et Philippe Delerm. Bartleby c’est l’homme qui « ne préfererait pas » de Herman Melville (aka l’auteur de Moby Dick -le cachalot blanc-). Delerm c’est le père du fils ou la première gorgée de bière; au choix.
Il est question de la saveur du présent, de blog et d’écriture. Apprécier le présent sans être dans le carpe diem, se placer systématiquement spectateur et cueillir l’odeur du goudron chaud après la pluie et les premières cerises.
Monsieur Spitzweg profite de son samedi pour partir en balade dans Paris, rien dans les mains, presque rien dans les poches. Il fait assez chaud pour que les mots de « Coulée verte » soient devenus désirables.
Ecrire pour soi, pour les autres et devoir se poser la question.
De mon côté je constate que j’ai du mal à conjuguer clavier et Public Enemy. Ces quelques lignes m’auront pris deux heures. Ecriture et musique; comment apprécier les deux en étant là ni pour l’un ni pour l’autre ? Spitzweg a peut être raison.
Je viens de finir un morceau de la pile de livres qui attend près de mon lit. Ça avait pris des allures de tour infernale avec quinze étages de papier tenant un équilibre précaire. Le contre-coup de l’achat compulsif.
Bref.
Ne cherchez pas le pourquoi de la pomme de pin ; une balade en forêt dimanche matin.
Chagrin d’école de Daniel Pennac ; le genre de bouquin qui donne envie d’acheter un Bescherelle et d’embrasser les profs de français. L’histoire du cancre et éventuellement du professeur qui ira le chercher. Une petite revue de société, de nos enfants vécus comme des consommateurs, du « Ça » et du manque de base. Voler entre espoir et désespoir sans se casser la tête dans le carreau de la fenêtre.
Ikigami de Motorō Mase ; la loi de prospérité nationale impose un vaccin à l’entrée à l’école. Un vaccin sur mille contient une capsule qui, a une date et heure données, provoque la mort de celui qui la porte. La loi de prospérité nationale promeut ainsi la valeur de la vie. Un fonctionnaire à charge de délivrer leur avis de décès aux élus: l’ikigami. Ceux-ci disposent alors de vingt-quatre heures pour remettre à plat leurs projets, dire au revoir a leurs proches et attendre la mort. La police de la prospérité se charge de réorienter les esprits déviants qui remettraient en doute la Loi.
Ambiance un peu Big Brother -I know you’re watching me-, pas si improbable et qui donne matière à penser. C’est glauque sans l’être. Merci à M et Mme X pour la découverte.
Sutures de David Small ; en deux mots: cancer, enfant. En un peu plus, l’histoire d’un garçon dans une famille un peu barje de l’Amérique des années cinquante, ou peut-être tout à fait normale la famille. Je n’en dit pas plus, ça serait en dire trop.
Maman avait sa petite toux… Deux ou trois fois, un sanglot étouffé, hors de vue… ou le claquement des portes de placard de la cuisine… c’était son langage.
Le dessin est très sombre, à l’image de l’histoire. Magnifique.
Les invités de l’île de Vonne van der Meer ; plein d’histoires en une seule. Raconter la vie d’une maison de vacance, donc des gens qui y passent, en mettant l’accent sur les petites traces qui restent d’un passage à l’autre. Ça colle assez bien à la nostalgie que j’éprouve pour les lieux où je suis passé, où je ne reviendrai plus. Amoureux, suicidaire et doudou perdu, il reste un bocal de cornichons au frigo.
Lorsque nous vivions ensemble de Kazuo Kamimura ; la suite du début. Le dessin envoie toujours autant le tofu et l’histoire de Kyôko et Jirô prend deux crans. Nuances de rouge.
J’ai attaqué en début de semaine le Comment peut-on être français ? de Chahdortt Djavann ; une iranienne qui arrive à Paris. Chambre de bonne, carte de séjour, apprentissage du français, souvenirs d’Azerbaïdjan et les lettres persanes de Montesquieu. On en reparle si j’ai la force, il y a matière à discussion.
Alors que la possibilité de dormir s’offre à moi, je me lève quelque part autour des sept heures trente. Je tourne déjà depuis une heure, à quoi bon s’attarder. Marie et Stéphanie dorment paisiblement et Julie n’est pas là. On l’a laissé hier soir chez une copine de classe qui l’avait invité. On a profité de la soirée mono-fille pour se faire des extras: boire une bière en terrasse et manger une pizza. Les moments à trois sont faciles et précieux, alors on profite sachant que notre grande s’amuse quelque part. Quand on rentre chez nous les gens sans enfants avalent leur première gorgée.
Levé, je prends mon bouquin et vais me poser dans la cuisine sur une chaise en osier verte. Je ferme la porte pour que la lumière du matin n’envahisse pas l’appartement et je recommence à tourner les pages de D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère, livre que j’avais du acheter pour son titre. Mes yeux tirent un peu alors je tourne la tête et regarde par la fenêtre les grues du chantier d’à côté. Je pense à mes deux filles, celle qui dort et celle qui n’est pas là et je reprends ma lecture avec la sensation douloureuse d’avoir les larmes pas très loin.
Jeune, nu et vierge, j’ai peur de deux choses: un coup de couteau dans la cloison molle de mon ventre et les bains en eau profonde. Reliquat des Dents de la mer regardé trop tôt sans doute. Et puis on grandit, on rencontre une fille, une autre et puis on rencontre sa femme. Mariage, enfants, peurs. Je trimballe aujourd’hui la peur de la mort. Celle de mes filles, celle de ma femme et la mienne. Il y a des peurs qu’on est à même de concevoir qu’une fois que sa vie est remplie par deux enfants gigotants.
La mort du petit et la mort du grand sont des compagnes assez diffuses qui s’invitent parfois dans des pensées très claires. En voyage, dans les voitures, les avions ou en bas de l’immeuble quand je regarde des petites vieilles dans la rue. La première est bestiale, primaire, quasi enfantine mais l’autre est complexe et mature. Ce n’est pas tant la mort de l’adulte qui effraie que la perspective d’un enfant devant grandir seul. Je suis mort, débrouille-toi.
Et ce livre justement, il nous mets dedans. Jusqu’au cou.
Il lui a promis qu’il allait continuer sans faiblir, bien s’occuper des petites, il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Il penserait à leur mettre leurs écharpes, elles ne prendraient pas froid.
Les écharpes sont de trop. Détail insignifiant mais si profondément encré dans le quotidien familial que j’en pleure. Et ça fait mal.
Neuf heures et demi. A la dernière page Marie se réveille, j’ouvre la porte de la cuisine et la lumière envahit l’appartement. La vie est là.
De manière générale je choisis les livres au hasard. Je me laisse bercer par les titres et les couvertures, j’en lis un bout sur place et j’embarque. Je me fais aussi avoir par les livres posés le long des files d’attente ; à côté des caisses des petits tas bien rangés entre des piles et des clés USB. L’équivalent du paquet de m&m’s de la station service : couleurs vives, trop gras et trop sucrés mais toujours plaisant.
Parti avec un bouquin de nouvelles signées Haruki Mirakami et le pavé de T. C. Boyle Water Music que Magali nous avait offert avant Noël, j’ai ajouté dans ma besace verte La guerre des banlieues n’aura pas lieu de Abd Al Malik, petit livre noir à gros caractères acheté dans un relai de presse de l’aéroport de Lyon en même temps qu’un Popi et qu’une revue spéciale mots-flechés.
Water Music m’a perdu en Afrique et balancé dans les puanteurs de Londres. Pas vraiment roman d’aventure, ni policier, ni social, ni historique, mais un peu tout ça. C’est un Frankenstein ce livre, beau et énorme. It’s alive, it’s alive !
La guerre des banlieues n’aura pas lieu m’a soufflé des mots et des idées à l’oreille. J’ai un peu regretté qu’il soit tant question de religion et, finalement, si peu de banlieue mais l’envie de découvrir la musique du Monsieur est maintenant là.
Saules aveugles, femme endormie m’a, en un mot, scotché. J’en ai brisé pour la première fois la règle sacrée qui stipule que Jamais tu n’écriras sur un livre et tracé des croix et des traits dans la marge pour relever les passages qui me touchaient. J’ai commencé à en mettre partout alors j’ai arrêté.
Les Italiens seraient-ils étonnés de savoir que ce qu’ils exportaient en 1971, en réalité, c’était la solitude ?
Je lis a posteriori la bio du gars et évidemment, plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, je comprends mieux. Read !