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Quelque chose en lui de Bartleby
Il y a une grosse quinzaine, j’ai volé à Sophie le bouquin qu’elle s’était pris pour les vacances. J’ai glissé le petit livre vert à couverture cartonnée dans mon sac à dos jaune entre mon cahier à dessins moches et mon Electro 35 puis ai repris une part de pizza.
Sur la couverture on peut lire Quelque chose en lui de Bartleby et Philippe Delerm. Bartleby c’est l’homme qui « ne préfererait pas » de Herman Melville (aka l’auteur de Moby Dick -le cachalot blanc-). Delerm c’est le père du fils ou la première gorgée de bière; au choix.

Il est question de la saveur du présent, de blog et d’écriture. Apprécier le présent sans être dans le carpe diem, se placer systématiquement spectateur et cueillir l’odeur du goudron chaud après la pluie et les premières cerises.
Monsieur Spitzweg profite de son samedi pour partir en balade dans Paris, rien dans les mains, presque rien dans les poches. Il fait assez chaud pour que les mots de « Coulée verte » soient devenus désirables.
Ecrire pour soi, pour les autres et devoir se poser la question.
De mon côté je constate que j’ai du mal à conjuguer clavier et Public Enemy. Ces quelques lignes m’auront pris deux heures. Ecriture et musique; comment apprécier les deux en étant là ni pour l’un ni pour l’autre ? Spitzweg a peut être raison.
More books
Je viens de finir un morceau de la pile de livres qui attend près de mon lit. Ça avait pris des allures de tour infernale avec quinze étages de papier tenant un équilibre précaire. Le contre-coup de l’achat compulsif.
Bref.

Ne cherchez pas le pourquoi de la pomme de pin ; une balade en forêt dimanche matin.
Chagrin d’école de Daniel Pennac ; le genre de bouquin qui donne envie d’acheter un Bescherelle et d’embrasser les profs de français. L’histoire du cancre et éventuellement du professeur qui ira le chercher. Une petite revue de société, de nos enfants vécus comme des consommateurs, du « Ça » et du manque de base. Voler entre espoir et désespoir sans se casser la tête dans le carreau de la fenêtre.
Ikigami de Motorō Mase ; la loi de prospérité nationale impose un vaccin à l’entrée à l’école. Un vaccin sur mille contient une capsule qui, a une date et heure données, provoque la mort de celui qui la porte. La loi de prospérité nationale promeut ainsi la valeur de la vie. Un fonctionnaire à charge de délivrer leur avis de décès aux élus: l’ikigami. Ceux-ci disposent alors de vingt-quatre heures pour remettre à plat leurs projets, dire au revoir a leurs proches et attendre la mort. La police de la prospérité se charge de réorienter les esprits déviants qui remettraient en doute la Loi.
Ambiance un peu Big Brother -I know you’re watching me-, pas si improbable et qui donne matière à penser. C’est glauque sans l’être. Merci à M et Mme X pour la découverte.
Sutures de David Small ; en deux mots: cancer, enfant. En un peu plus, l’histoire d’un garçon dans une famille un peu barje de l’Amérique des années cinquante, ou peut-être tout à fait normale la famille. Je n’en dit pas plus, ça serait en dire trop.
Maman avait sa petite toux… Deux ou trois fois, un sanglot étouffé, hors de vue… ou le claquement des portes de placard de la cuisine… c’était son langage.
Le dessin est très sombre, à l’image de l’histoire. Magnifique.
Les invités de l’île de Vonne van der Meer ; plein d’histoires en une seule. Raconter la vie d’une maison de vacance, donc des gens qui y passent, en mettant l’accent sur les petites traces qui restent d’un passage à l’autre. Ça colle assez bien à la nostalgie que j’éprouve pour les lieux où je suis passé, où je ne reviendrai plus. Amoureux, suicidaire et doudou perdu, il reste un bocal de cornichons au frigo.
Lorsque nous vivions ensemble de Kazuo Kamimura ; la suite du début. Le dessin envoie toujours autant le tofu et l’histoire de Kyôko et Jirô prend deux crans. Nuances de rouge.
J’ai attaqué en début de semaine le Comment peut-on être français ? de Chahdortt Djavann ; une iranienne qui arrive à Paris. Chambre de bonne, carte de séjour, apprentissage du français, souvenirs d’Azerbaïdjan et les lettres persanes de Montesquieu. On en reparle si j’ai la force, il y a matière à discussion.
Matin sans filles
Alors que la possibilité de dormir s’offre à moi, je me lève quelque part autour des sept heures trente. Je tourne déjà depuis une heure, à quoi bon s’attarder. Marie et Stéphanie dorment paisiblement et Julie n’est pas là. On l’a laissé hier soir chez une copine de classe qui l’avait invité. On a profité de la soirée mono-fille pour se faire des extras: boire une bière en terrasse et manger une pizza. Les moments à trois sont faciles et précieux, alors on profite sachant que notre grande s’amuse quelque part. Quand on rentre chez nous les gens sans enfants avalent leur première gorgée.
Levé, je prends mon bouquin et vais me poser dans la cuisine sur une chaise en osier verte. Je ferme la porte pour que la lumière du matin n’envahisse pas l’appartement et je recommence à tourner les pages de D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère, livre que j’avais du acheter pour son titre. Mes yeux tirent un peu alors je tourne la tête et regarde par la fenêtre les grues du chantier d’à côté. Je pense à mes deux filles, celle qui dort et celle qui n’est pas là et je reprends ma lecture avec la sensation douloureuse d’avoir les larmes pas très loin.
Jeune, nu et vierge, j’ai peur de deux choses: un coup de couteau dans la cloison molle de mon ventre et les bains en eau profonde. Reliquat des Dents de la mer regardé trop tôt sans doute. Et puis on grandit, on rencontre une fille, une autre et puis on rencontre sa femme. Mariage, enfants, peurs. Je trimballe aujourd’hui la peur de la mort. Celle de mes filles, celle de ma femme et la mienne. Il y a des peurs qu’on est à même de concevoir qu’une fois que sa vie est remplie par deux enfants gigotants.
La mort du petit et la mort du grand sont des compagnes assez diffuses qui s’invitent parfois dans des pensées très claires. En voyage, dans les voitures, les avions ou en bas de l’immeuble quand je regarde des petites vieilles dans la rue. La première est bestiale, primaire, quasi enfantine mais l’autre est complexe et mature. Ce n’est pas tant la mort de l’adulte qui effraie que la perspective d’un enfant devant grandir seul. Je suis mort, débrouille-toi.
Et ce livre justement, il nous mets dedans. Jusqu’au cou.
Il lui a promis qu’il allait continuer sans faiblir, bien s’occuper des petites, il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Il penserait à leur mettre leurs écharpes, elles ne prendraient pas froid.
Les écharpes sont de trop. Détail insignifiant mais si profondément encré dans le quotidien familial que j’en pleure. Et ça fait mal.
Neuf heures et demi. A la dernière page Marie se réveille, j’ouvre la porte de la cuisine et la lumière envahit l’appartement. La vie est là.
Des pages et des pages
De manière générale je choisis les livres au hasard. Je me laisse bercer par les titres et les couvertures, j’en lis un bout sur place et j’embarque. Je me fais aussi avoir par les livres posés le long des files d’attente ; à côté des caisses des petits tas bien rangés entre des piles et des clés USB. L’équivalent du paquet de m&m’s de la station service : couleurs vives, trop gras et trop sucrés mais toujours plaisant.
Parti avec un bouquin de nouvelles signées Haruki Mirakami et le pavé de T. C. Boyle Water Music que Magali nous avait offert avant Noël, j’ai ajouté dans ma besace verte La guerre des banlieues n’aura pas lieu de Abd Al Malik, petit livre noir à gros caractères acheté dans un relai de presse de l’aéroport de Lyon en même temps qu’un Popi et qu’une revue spéciale mots-flechés.

Water Music m’a perdu en Afrique et balancé dans les puanteurs de Londres. Pas vraiment roman d’aventure, ni policier, ni social, ni historique, mais un peu tout ça. C’est un Frankenstein ce livre, beau et énorme. It’s alive, it’s alive !
La guerre des banlieues n’aura pas lieu m’a soufflé des mots et des idées à l’oreille. J’ai un peu regretté qu’il soit tant question de religion et, finalement, si peu de banlieue mais l’envie de découvrir la musique du Monsieur est maintenant là.
Saules aveugles, femme endormie m’a, en un mot, scotché. J’en ai brisé pour la première fois la règle sacrée qui stipule que Jamais tu n’écriras sur un livre et tracé des croix et des traits dans la marge pour relever les passages qui me touchaient. J’ai commencé à en mettre partout alors j’ai arrêté.
Les Italiens seraient-ils étonnés de savoir que ce qu’ils exportaient en 1971, en réalité, c’était la solitude ?
Je lis a posteriori la bio du gars et évidemment, plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, je comprends mieux. Read !
Sur le départ
J’ai beaucoup de mal à gérer le stress des voyages. Plus la date approche, plus la tension monte. Je fais des listes sur papier, je fais des listes dans ma tête, je réutilise celles de l’année dernière. Je fais et je défais mais rien à faire : j’ai toujours l’impression d’oublier quelque chose ou, pire, de me surcharger en superflu.
Demain, nous partons pour 16 jours en Asie. Singapour-Bali-Singapour.
Un Moleskine rouge, un feutre, un crayon à papier, des crayons de couleurs et un taille crayons. Le tout dans une trousse Barbapapa rose. Des livres pour les filles et des livres pour les grands. L’année dernière je m’étais perdu en Alaska : Into the wild de Jon Krakauer. Cette année j’ai attrapé un peu au hasard un bouquin de nouvelles japonaises : Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami. Voilà pour l’essentiel.

Bougies et fleurs, Singapour, Avril 2009 – Nikon F100, 35mm 2, Velvia 100F
Quel(s) boîtier(s), quel(s) objectif(s) et quel(s) film(s) ? Pour éviter les questions sans réponses : back to basics. Un boîtier, deux objectifs, un film. Je bourre mon FM2 dans la besace, le 24, le 50 et de la Fuji Acros.
Noir & Blanc donc. Après New-York ça n’est, bizarrement, que mon deuxième voyage entièrement monochrome.
Il reste à ne pas succomber à la tentation de glisser les deux rouleau de diapo qui attendent au frigo et ne pas se poser la question de la différence entre la photo de vacance et la Photo. Il n’y en a pas.
Une petite matinée de boulot, encore une après-midi de stress et c’est parti pour quatorze heures de vol.
Lorsque nous vivions ensemble
Ma lecture de ces deux derniers jours a été Lorsque nous vivions ensemblede Kazuo Kamimura. Un gros bouquin tout rose qui nous décrit pendant sept cents pages la vie d’un jeune couple dans le japon des années 1970. A 21 et 23 ans, Kyôko et Jirô vivent en couple, font l’amour et doutent. Dans une époque traditionaliste ils semblent craindre le mariage comme le couperet qui mettra fin à leur relation. Inexorablement.
Aux vues du volume et du sujet, j’ai eu peur de subir l’attaque des Feux de l’amour Japan style, mais l’auteur a pris le parti de morceler l’histoire en micro chapitres. Histoires dans l’histoire, ils ressemblent à un chapelet d’haïkus que l’on égraine un à un.
La neige tombe,
Je la regarde,
Elle tombe encore.

Kazuo Kamimura – Lorsque nous vivions ensemble
Le couple est une petite barque sur l’océan ; ils font des rencontres, le plus souvent des gens étranges et pervers tueurs d’oiseaux, se cherchent, vivent le quotidien et tout son poids. Bien souvent le sexe semble être le seul ciment de leur union : ils baisent. Et ce, même s’il est avant tout question d’amour.
Nous détestons notre père et notre mère.
Pourtant, un jour, nous leur ressemblerons.
Comme mon père, j’étreindrai ma femme avec une haleine qui pue l’alcool.
Comme ma mère, je ferai le dos rond et je supporterai cette vie.
Puis un jour, devant le mot « Jeunesse », nous nous sentirons couverts de honte.
Encore 2 tomes à venir. Good !
Petite parenthèse graphique : c’est assez fort, les cases laissent régulièrement la place à des doubles pages sombres pleines de hachures ; les personnages inquiétants perdent leur pupilles et se zombifient ; le vent hurle. En blanc, en noir, en gris.