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Descente

Je voulais écrire, depuis un bout déjà. Présenter les quelques bouquins que j’ai lu dernièrement, parler de la Portra, de la mort de Kodak, parler, encore, du Bosphore ou d’ailleurs, parler, toujours, de la normalisation, de nos jardins d’enfants qui ressemblent maintenant aux jardins d’enfant du bout du monde avec leur sols en mousse recyclée. De plus en plus pareil.

J’ai chargé des flux RSS, lu des gens qui parlaient de leur bouquins, de leurs voyages et de leur réflexions. J’ai parcouru l’onglet inspiration, vu des images que j’avais déjà vues, lu d’autres gens présenter le travail d’autres gens. J’ai ouvert twitter, lu des petites phrases, de bon mots, des gens qui s’y connaissent. « See what I can do. » « Watch me. Watch me. »

J’ai fermé tout ça. Les prescripteurs me fatiguent. Cet article me fatigue.

Café.

Losers


Losers from Everynone on Vimeo.

Echo.

L’adolescence est définitivement un moment difficile. Je crois qu’on en ressort tous avec des noeuds, plus ou moins profonds, plus ou moins serrés plus ou moins gênants. Ceux qui se posent au dessus sont peut être les plus à plaindre. Même si on les déteste.

Il faudra qu’un jour je parle des t-shirt Mickey et du bleu presque transparent de Ruy Murakami.

Tout va bien se passer.

Vieux

Quand tu réalises que tu viens de demander à la caissière si l’offre promotionnelle qui t’a fait prendre deux paquets pour le prix d’un est bien présente sur ton ticket, il est trop tard pour reculer.

So long

A comme Angie.

B comme Bert.

C comme Crabe.

I dream of waters flowing,
Sweet air to softly breathe,
Of meadowland where the wagtail bobs and weaves,
Of sunny days where children dance and play,
And sweet music to drive my grief away.

Ohé ohé

Allez savoir comment, je me suis réveillé en ayant envie d’écouter ça:

Le vent les a emporté. Les certitudes tombent, ne reste que le doute. La vie est vraiment un truc étrange. Comprenne qui pourra.

Note: incroyable comme le doublage est mauvais. Lolilol.

Amertume

Mes grands-parents nous emmenaient pour dix jours au bord de la mer. Camille et moi, cousins. Dans la boite à gants de la Ford grise ma grand-mère avait toujours un paquet de bonbons acidulés. Ovales rouge et jaunes qui pétaient les dents. On prenait l’A7 en direction du sud, c’était long. Les bandes blanches défilaient sur le côté pendant deux heures puis avant qu’on quitte l’autoroute. L’usine royal canin, borne surréaliste, marquait le début des vacances quelque part un peu après Lunel.

Dans le studio de mes grands-parents un petit téléviseur était posé sur une table à roulettes en verre fumé. Au sol un carrelage blanc en faux marbre attrapait le sable, laissant une sensation bizarre sous les pieds. Un petit balcon jusque assez grand pour une table et quatre chaises autour laissait voir la mer, après la rue, derrière le kiosque du train touristique. Le soir on descendait les volets dans un bruit de plastique chaud, des nuées de carrés lumineux envahissait alors la pièce.

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Je me souviens confusément de films en noir et blanc et d’images aux couleurs hyper saturées des télés de l’époque. Plus marquant que le reste, le clip aux sombres héros de la mer de Noir Désir sur TMC. 1989, j’avais onze ans. Une chanson de marin avec un quelque chose d’incompréhensible. Ce n’était pas une chanson de marin, ne restait que l’incompréhensible et ce noyé flottant entre deux eaux.

D’autres petites choses remontent peu à peu. Les patins à roulettes, les grandes dalles en béton, les S de stationnement, les parasols, le benco du matin et une lettre de mon père avec des accords de guitare au feutre rouge.

Nous n’irons plus jamais, la Ford grise est à la casse depuis longtemps et nos jambes sont bien trop grandes pour faire le trajet à l’arrière.

Always lost in the sea.

Un poids sur mon épaule

J’ai placé plusieurs fois cette image de Melbourne dans le petit matin sans en donner le fond. Je ne voulais pas faire dans le larmoyant, moi qui ai déjà des prédispositions à l’écriture coulante et, surtout, les larmes faciles. Petit manque de courage face au rien.

Quand le téléphone a sonné, il était cinq heures du matin. Le temps de réaliser, d’ouvrir les yeux et d’aller décrocher dans mon anglais du réveil : on avait raccroché. La deuxième fois c’était six heures. Stéphanie m’annonce que mon oncle est mort dans l’après-midi. Conversation silencieuse et ces mots qui n’ont pas de sens. Il faut raccrocher, Stéphanie va passer la nuit qui est déjà derrière moi. Le décalage horaire prend une autre consistance et je me retrouve à l’autre bout du monde.

Mon oncle, il était photographe. Ni reporter, ni artiste. Enfin je ne crois pas. C’est toujours à la fin qu’on se rend compte qu’on se connaît assez peu finalement. Baptêmes, mariages et portraits en studio: la vie. Il shootait avec un F801, c’est un des trucs qu’on partageait. Ça et une affection naturelle. L’évidence à laquelle on ne réfléchie pas. Je respire, je saigne, j’aime. La famille.

Il est six heures du matin, trop tard pour se recoucher. Je boucle cette valise du dernier jour et je photographie le ciel de tous les matins qui viendront après.

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Adieu, Melbourne, Avril 2011

Les obsèques ont lieu lundi. Je remets le costume qui a servi en Australie. Ca et une chemise piquée à mon beau-frère histoire d’être au moins à moitié propre. Je prends le blad et un rouleau de FP4+ qui traînait au frigo. J’ai, je crois, besoin du poids de l’appareil sur mon épaule et de l’idée de pouvoir me mettre derrière le miroir du reflex. On dépose les filles à l’école avant d’y aller.

Soleil de plomb. Je vous passe les larmes, les roses, le sable qu’on jette sur le cercueil déjà en terre. Dans le cimetière je me retrouve à nouveau à photographier le ciel.

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La main de Stéphanie et le sourire des filles. La vie continue.

Le vase et la glu

J’hésite à poster ça tant le sujet est personnel. Voyez-y un exutoire et non une justification. Je précise aussi qu’il n’est pas ici question de Madame et que la suite de la semaine risque d’emprunter le même ton.

Il y a les gens qui savent discuter, trouver des mots et converser dans la nuit. La table en Formica de la cuisine sur laquelle on pose des verres que l’on remplit du rouge qui va avec les maux. Quelques heures plus tard on fait un café, serré, pour le coeur qui va mieux.

Et puis il y a moi.

En général j’écoute, j’intériorise, je pense et je garde. D’autres fois non, les mots sortent comme des araignées velues, l’abdomen gonflé, noires. Que faire de toutes ces pattes? Ne pas savoir par où les attraper et les voir qui se retrouvent, maladroits, au milieu de nous. Ce que j’ai voulu dire, ce que j’ai dit et ce que tu as entendu. Qu’as-tu entendu ?

Mauvaise humeur - Triste humeur

Tu pleures.

Je me fais l’effet de l’éléphant dans son magasin de porcelaine. J’en envoie valser un peu partout. Au bout d’une heure c’est pas grave mais je vois bien que le vase renversé, qu’on a recollé avec la glu qui traînait là, n’est déjà plus si beau. On essaiera surement, quand la colle aura séché, de polir un peu les coulures mais les traces resteront là.

Pardonne moi.

Les conversations devraient pouvoir se faire sur papier, donne moi une phrase je t’y répondrai demain à mots sans équivoque. La vie ça n’est pas ça et je referais encore d’autres fois les ratés jusque tard dans mon lit. Les j’aurais du dire ça et les j’aurais du faire ci sont de vieux copains qui ne sont pas prêts de me lâcher.

Wonderful life

Quoi qu’il advienne, le temps finit toujours par nous rattraper. Je suis parti d’Australie il faisait nuit, de passage à Hong-Kong il faisait gris, de retour ici la lumière écrase et le ciel est blanc. J’attends que tu aies plié ta serviette et bouclé ta valise pour parler et je réalise qu’il s’agit là de la première censure que je m’impose ici. Ça n’est pas si grave après tout, aujourd’hui, demain ou dans dix jours quelle différence.

Étrange association d’idée qui m’amène à écouter de la musique au gout de la grenadine de mes dix ans.



Look at me standing, here on my own again.
Up straight in the sunshine.
No need to run and hide
It’s a wonderful, wonderful life.

PLOP. Déclenchement du blad au soleil de midi.

Shine on you crazy diamond

Remember when you were young,
You shone like the sun.

Étrange besoin d’extérioriser le dedans. J’avais repris un bout d’article sur la photo et les contraintes qu’il est parfois bon de se mettre et puis j’ai mis Wish you were here. Ado, et comme beaucoup, j’ai fait de la guitare. On avait un petit groupe avec mes cousins, on avait quinze ans. On répétait le samedi dans des MJC qui sentaient le sol en vinyle et la sueur. Probablement du crépi sur les murs et des faux plafond.

On posait des kilos d’amplis et c’était les Guns, des mauvaises reprises de Téléphone et autres Purple Haze. Descendre dans la rue un vingt et un juin me ramène toujours quinze ans en arrière, il faut encore se farcir la Bombe humaine.

J’arrive encore à sortir quelques bribes de ces solos -il faut préciser que ceux qui disent soli méritent l’échafaud- d’un autre temps. Il y a des choses qui restent. En musique tout particulièrement.

Le Shine on des Pink Floyd est de ces morceaux là. Je ne me souviens pas l’avoir beaucoup joué mais ces longues minutes me transportent toujours.

Remember when you were young,
You shone like the sun.

Un écho tout particulier dans cette phrase que je sors facilement du contexte de la chanson pour me rappeler l’enfance. Les possibles. Les week-ends avec mes cousins à veiller « tu vois cette lumière dehors, ce n’est plus la lune » tard. La vie ça n’était pas plus compliqué qu’une pizza congelée et des verres de coca.