Archive for the ‘Dépression’ Category
Quatre couleurs
Bleu, blanc, rouge et caca d’oie.
Que ceux qui pensent que c’est enfin le week-end et donc, oh joie oh bonheur, aillent faire un tour chez Maitre Eolas.
Ensuite, on en reparle.
Ingénieur au foyer – Acte 2
J’ai du faire une recherche sur internet. Pages jaunes, foyer, Besançon. J’ai oublié comment j’en suis venu à composer le numéro du foyer Sonacotra et ce que j’ai pu dire au gérant, toujours est-il qu’il y avait une chambre libre. Je suis passé entre midi et deux pour voir. Dans ma voiture verte, je remonte le boulevard Kennedy.
Le foyer est situé juste après le garage Renault, avant le grand rond point. Je tourne à droite dans une rue secondaire et me gare sur un parking de quelques places. Il y a de petites maisons triangulaires et deux immeubles, quatre étages tout au plus, le tout peint dans une couleur d’immeuble. Jaune. Dans la cour des gens assis sur des chaises en plastique discutent en silence. Ca sent le chômage longue durée et les journées d’attente.

Fenêtre, Besançon, 2002 – Nikon F90, Provia 100F
Le responsable, un homme grand et sec d’une quarantaine d’années m’accueille d’un sourire, me fait assoir sur un fauteur en sky bleu puis m’explique comment ça fonctionne, la chambre vide, les parties communes et mon futur voisin. Le type est gentil et l’énergie que je vois dans ses yeux me fait penser à mon oncle Samuel. On passe devant les rangées de boites aux lettres avant de monter des escaliers en faux marbre.
Au deuxième étage il ouvre une porte, sort une clé et ouvre une deuxième porte. Nous sommes dans les parties communes. A droite la cuisine, une table, le gaz et des casseroles; au fond à gauche la salle de bain; au fond à droite ma chambre; au fond, mon voisin. La troisième chambre est libre. Deuxième clé, deuxième porte, c’est ma chambre. Un lit en fer, un lavabo, une armoire et un petit bureau. La fenêtre s’ouvre sur un parking. Derrière le parking, le rond point. Ca va ? Très bien. On redescend, je signe et je repars avec les clés.
Sur la table en contreplaqué j’ai posé des livres pris dans la bibliothèque de Stéphanie. Une pile de classique pour compenser la flemme du lycée, je n’y ai même pas lu les abrégés. En deux titres on résumerait mes lectures d’alors: des souris et des hommes et l’étranger. Les pages font des aller-retours entre le chez nous du week-end et le chez moi des jours travaillé. Je lis en mangeant du pain de mie, des nouilles et des sardines à l’huile. Sur le lit en fer, la lumière verte du néon et l’encre noire des pages.
J’ai acheté révélateur, bain d’arrêt, fixateur et posé les bouteilles sur la dernière étagère de l’armoire. L’agrandisseur de mon père tiens dans une valise à l’étage en dessous. Je ne suis plus sur aujourd’hui d’avoir fait des tirages mais l’odeur acide des chimies est si présente que cela a du se passer. Sur le lit en fer, la lumière verte de l’ampoule inactinique et les secondes du minuteur.
On a essayé de parler un peu la première fois, avec mon voisin. Je ne l’ai pas compris. Grosse merde. Il a fermé sa porte, honteux de son français, puis a allumé sa télé. Ensuite cet homme est devenu un fantôme, de lui je n’entend plus que le poste et un bruit de pantoufles. Matin et soir la porte reste close, il attend probablement mon départ pour bouger. Triste personnage de soixante ans et quatre mètre carrés.
De temps en temps des gens jettent leurs poubelles par la fenêtre. De temps en temps les sacs plastiques s’éventrent sur le goudron du parking.

Surimpression, Besançon, 2002 – Nikon F90, Provia 100F
Après la douche commune seul, je pars travailler. Direction la zone industrielle, parking, badge, porte sécurisée et machine à café avec Jérôme et un Frédéric dont j’ai oublié le nom. Le midi on mange en groupe dans les restaurants alentours. Les repas sont animés et plutôt bon esprit même s’il est toujours question entre consultants de manager et d’éloignement. Quand il fait beau on va plus loin pour manger mieux. Après le boulot je me pose en ville dans un parc où les platanes sont immenses pour regarder les gens. J’erre aussi. Ensuite, retour au foyer où je ne connais personne à part le gérant, mon voisin et un homme qui me pose la main sur l’épaule pour me proposer des ordinateurs portables.
A la nouvelle année un repas est organisé, couscous et concert de rai, je me retrouve assis en face d’une baraque tatouée ambiance Europe de l’est qui me fait penser à Zangief. A ses côté un garçon nerveux déclare qu’ils sont les deux gentlemen de la table mais le monstre rétorque par politesse qu’avec moi: on est trois. A cet instant je préfère regarder mon assiette en plastique pleine de semoule. J’ai l’impression qu’il est écrit sur ma gueule que je gagne deux-mille euros par mois et que tout le monde se dit que je n’ai rien à faire ici. C’est peut être vrai d’ailleurs qu’on le lit sur ma tronche. Je ressemble à un fils de bonne famille avec des kickers rouge.
Mon « ami » continue de me proposer des portables et fini par me demander de le déposer en voiture, lui et son pote, dans un parc à proximité. Deux types avec un doberman attendent là. Mes passagers descendent. Je regarde la caricature des images de banlieue, peur et tristesse mélangées, en me disant qu’il est temps que je parte.
Ingénieur au foyer – acte 1
A vingt-trois ans, je suis ingénieur. Quelque part avant l’été deux-mille un, une remise de diplôme me fait passer du statut d’étudiant à celui de travailleur. Je suis devenu informaticien comme on met ses chaussettes. Sans envie particulière j’ai suivi une ligne droite tracée au lycée en fonction de mes résultats en sciences.
Comme tous les autres j’atterris en société de service. On me loue à d’autres entreprises, je bouge, je change d’environnement et des collègues. Sans expérience, je suis présenté comme expert sur des technologies inconnues. La situation est risible mais tout le monde se cramponne au pipeau car il faut bien quelqu’un pour travailler, il faut bien travailler et il faut bien qu’il travaille. Après une première mission de trois mois sur Aix en Provence, je suis envoyé à Besançon.
De Valence il me faut un peu moins de quatre heures, je pars le lundi matin à six heures, passe la rocade est de Lyon à sept, bifurque sur l’A42 direction Bourg-en-Bresse. Ensuite Lons le Saunier, Dole et j’arrive à Besançon. Je conduis une Nissan Almera de location. Elle est verte, le moteur bruyant est à peine couvert par ce qui sort de l’auto-radio. Dans le coffre il n’y a que mon sac pour la semaine, t-shirts, caleçons, chaussettes et pantalons. C’est un grand sac de voyage noir, plein de vide et difforme. J’emmène aussi un appareil photo, un vieux Nikon à l’autofocus fatigué.
Vers neuf heures je m’arrête dans une station service pour faire le plein de gasoil et pisser. J’achète un paquet de M&M’s que j’avale à grosses poignées. Parfois une cacahouète m’échappe et tombe sur la moquette, elle va se coincer quelque part sous le siège conducteur et y restera. Le paysage avant d’arriver est franchement vallonné, on voit des champs monter jusqu’au ciel au bout desquels de petits arbres se tendent vers le rien. Sortie numéro quatre, la route est fini. Je me dis qu’il faudra faire le chemin inverse vendredi soir et que j’arriverai chez nous un peu avant la nuit.

Autoroute, Besançon, 2002 – Nikon F90, Provia 100F
Le premier mois je loge dans un hôtel de la zone industrielle, quelque chose de bon marché genre Première Classe pour gratter sur mon forfait logement. La chambre est jaune minable, la salle de bain tout en plastique me fait penser aux toilettes mobiles qu’on trouve sur les chantiers. Les néons donnent à l’ensemble une ambiance de hall de gare, les trains et la vie en moins. Il doit y avoir une télé, mais je crois que c’est un surcoût. Je m’en passe.
Je racle aussi mon forfait bouffe, j’ai acheté des sacs de pain de mie, des nouilles instantanées et un mug au Géant d’en face. Je mange mes pattes le soir, dans ma chambre. Pas de bouilloire, j’utilise l’eau chaude qui sort du robinet. Sur le mug en porcelaine d’Angleterre il y a un lapin qui sourit, noir sur fond blanc, pathétique. Je passe une partie de mes soirées au hasard des rues, à pied ou en voiture, immobile ou statique, mon appareil photo à la main. Je rentre, j’écris sur des cahiers que j’ai perdu depuis, je lis, je dors. Le thé du matin, dans le mug à nouilles, a un goût de chlore.

Lampadaire, Besançon, 2002 – Nikon F90, Provia 100F
Pendant quelques jours, je dors dans un hotel plus cher recommandé par des collègues. Le troisième soir, un couple fait l’amour dans la chambre à côté. Ca tourne rapidement à la caricature et à la baise. Je fini mes nouilles au poulet dans des hurlements et me demande si finalement tout ça ne viendrait pas du couloir. Oh oui c’est bon. Les nouilles s’entend.
J’abandonne assez vite l’idée du petit-déjeuner à quinze euros, l’idée de l’hôtel aussi. Je vais essayer de trouver un meublé.
Procrastination maximale
Je voulais écrire, en fait non, je voulais ne pas écrire et mettre des photos colorées pour changer un peu de l’ambiance mort, peur, froid et nostalgie. J’ai fait le tour des images de nos vacances à Singapour et Bali. Deux fois. Je suis allé sur Facebook et Twitter dire que je ne glandais rien et là j’en suis rendu à manger des nouilles instantanées, goût poulet, en buvant du coca.
Je m’oblige à penser qu’il serait peut être bon de s’atteler à quelque chose. Passer mes films dans un bain de XTol, gribouiller une page ou reprendre ce texte qui traîne depuis des mois. Contenu modifié le mardi 13 octobre 2009 à 22h05, no comment.
Gardons espoir, peut-être demain.
Matin sans filles
Alors que la possibilité de dormir s’offre à moi, je me lève quelque part autour des sept heures trente. Je tourne déjà depuis une heure, à quoi bon s’attarder. Marie et Stéphanie dorment paisiblement et Julie n’est pas là. On l’a laissé hier soir chez une copine de classe qui l’avait invité. On a profité de la soirée mono-fille pour se faire des extras: boire une bière en terrasse et manger une pizza. Les moments à trois sont faciles et précieux, alors on profite sachant que notre grande s’amuse quelque part. Quand on rentre chez nous les gens sans enfants avalent leur première gorgée.
Levé, je prends mon bouquin et vais me poser dans la cuisine sur une chaise en osier verte. Je ferme la porte pour que la lumière du matin n’envahisse pas l’appartement et je recommence à tourner les pages de D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère, livre que j’avais du acheter pour son titre. Mes yeux tirent un peu alors je tourne la tête et regarde par la fenêtre les grues du chantier d’à côté. Je pense à mes deux filles, celle qui dort et celle qui n’est pas là et je reprends ma lecture avec la sensation douloureuse d’avoir les larmes pas très loin.
Jeune, nu et vierge, j’ai peur de deux choses: un coup de couteau dans la cloison molle de mon ventre et les bains en eau profonde. Reliquat des Dents de la mer regardé trop tôt sans doute. Et puis on grandit, on rencontre une fille, une autre et puis on rencontre sa femme. Mariage, enfants, peurs. Je trimballe aujourd’hui la peur de la mort. Celle de mes filles, celle de ma femme et la mienne. Il y a des peurs qu’on est à même de concevoir qu’une fois que sa vie est remplie par deux enfants gigotants.
La mort du petit et la mort du grand sont des compagnes assez diffuses qui s’invitent parfois dans des pensées très claires. En voyage, dans les voitures, les avions ou en bas de l’immeuble quand je regarde des petites vieilles dans la rue. La première est bestiale, primaire, quasi enfantine mais l’autre est complexe et mature. Ce n’est pas tant la mort de l’adulte qui effraie que la perspective d’un enfant devant grandir seul. Je suis mort, débrouille-toi.
Et ce livre justement, il nous mets dedans. Jusqu’au cou.
Il lui a promis qu’il allait continuer sans faiblir, bien s’occuper des petites, il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Il penserait à leur mettre leurs écharpes, elles ne prendraient pas froid.
Les écharpes sont de trop. Détail insignifiant mais si profondément encré dans le quotidien familial que j’en pleure. Et ça fait mal.
Neuf heures et demi. A la dernière page Marie se réveille, j’ouvre la porte de la cuisine et la lumière envahit l’appartement. La vie est là.
(Tech)no logique
Je prends, je pose, je reprends, je repose ; je réfléchis, je pars et je reviens. Procrastination et idées pas claires. Il y a quelques temps je me posais (vaguement) la question de l’évolution de notre rapport à la musique :
Je me demande si l’ensemble iPod + iTunes + iTunes Store ne nous mène pas vers une bestofisation de l’approche musicale. N’acheter/ne garder que les meilleurs morceaux sonne certainement le glas des albums concepts (genre The Wall de Pink Floyd pour faire dans le récent). J’imagine aussi que c’est aussi un bon coup de latte dans la diversité musicale et dans l’éducation de l’oreille, l’homme ayant nature à aller vers les mélodie plus faciles et harmonieuses.
Depuis, j’ai eu droit aux publicités pour Deezer premium et aux annonces des opérateurs de téléphonie mobile me ventant les plaisirs du téléchargement légal, illimité, vingt-quatre heures sur vingt-quatres : télécharger « des milliers de titres » sur son mobile. La quantité constitue rarement un argument recevable. Sur ce point, c’est peut être chez Snae que c’est le mieux traité.
Depuis, j’ai aussi entendu que Pink Floyd avait gagné un procès contre EMI qui s’était engagé en 1967, puis en 1999, à ne vendre la musique du groupe qu’au format album. iTunes Store, j’écris ton nom.

Bass Shop, New York, Octobre 2009 – Nikon FM2, 50mm 1.8, Ilford HP5
J’ai du mal à me faire une idée précise de tout ça et, surtout, à en faire la part des choses.
Avec la bande magnétique on faisait des mixtapes ; aujourd’hui on télécharge à l’unité puis on playliste. On enregistrait la radio ; on pirate. C’est à croire que ce ne sont pas les comportements des passionnés-acheteurs-consommateurs, je ne trouve pas le mot juste, qui ont changé mais que les vendeurs, le mot est tout trouvé, savent maintenant taper là où c’est facile, là où ça fait bling.
Tout ça sent quand même le cercle vicieux et la faiblesse entretenue.
Aujourd’hui et plus généralement, j’ai l’impression que l’on se tourne vers la technologie avant tout. Pour chaque nouveauté, chacun y va de son annonce, de son test, de son analyse « Apple va-t-il se planter avec l’iPad ? ». Franchement, a part les actionnaires, ça intéresse qui ?
NB: Je voulais aussi parler d’Avatar, car j’ai l’impression que sous prétexte de 3D on fait passer pour chef-d’oeuvre un navet au scénario éculé, mais dans la mesure où je n’ai pas vu le film, je m’abstiens. Enfin presque.
NB2: Il est probable que ma vision soit déformée par trop de temps passé sur Internet.
NB3: Ceci n’est pas un billet anti-Apple. Enfin j’espère que ce n’est pas ce qui en ressort.
Bon Bon Bon
Pour un référendum sur l’interdiction des carottes
De manière générale, les relents putrides de l’actualité passent bien loin en dessous de ma tête. Non pas par manque d’intérêt, mais plus par manque de temps et par un reflex salutaire de not giving a fuck qui m’évite un état dépressif permanent.
De manière générale donc.
Il se trouve que les suisses ont voté pour l’interdiction de la construction des minarets. Ci-dessous une affiche utilisée par la droite populiste dans sa campagne pour promouvoir l’interdiction des minarets. A noter l’utilisation de la burqa, image forte, perçue chez nous comme le symbole d’un Islam d’un autre âge, pour ne pas dire rétrograde.

L’affiche joue clairement la carte de l’émotionnel, de la peur et du raccourci facile.
Je précise qu’il ne s’agit d’interdire ni la construction des mosquées, ni la pratique de l’islam, ni le port du voile, enfin pour l’instant ; toutefois, la fonction première du minaret étant de fournir un point élevé pour l’appel à la prière[*] (5 fois par jour), l’un des cinq piliers de l’Islam, la portée symbolique de ce vote est d’importance.
Pour couper court la loi Godwin, on pourrait dire que la Suisse à la moustache qui pousse. On pourrait même dessiner un drapeau suisse avec des ailettes. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas en trouver sur google image. Ah si. Point Godwin done, passons à autre chose.
Je voudrais revenir sur quelques points qui me travaillent.
Tout d’abord, on nous annonce une victoire écrasante du oui. Hors un oui à 57,5% pour une participation de l’ordre 52%, cela ne fait jamais qu’un (gros) quart. La Suisse n’est, à mon avis, pas devenu un pays d’intolérance ; j’imagine que l’on est (comme souvent) dans une dynamique où les extrêmes votent en masse quand les modérés restent à glander à la maison. Et d’expliquer ainsi le différentiel sondage/référendum : dans un cas on décroche le téléphone, dans l’autre il faut bouger ses fesses jusqu’au bureau de vote.
A dire vrai, et c’est désolant, je suis assez peu surpris du résultat et j’imagine que pour un référendum similaire en France, des résultats similaires sortiraient tristement des urnes. On a d’ailleurs connu un phénomène assez similaire pour des présidentielles il n’y a pas si longtemps.
Ensuite, pour ne pas dire surtout, ce qui me travaille le plus c’est la reprise qui est faite par tous les partis d’extrême droite de ce résultat fabuleux. Un peu partout en Europe on entend dire : « Ce qui est possible en Suisse doit également pouvoir se faire ici ». Et je ne suis pas sur que Geert Wilders pense ici plus au référendum qu’à son résultat.
A tout seigneur, tout honneur, il faut bien reconnaître que la palme de la cretinerie revient à notre Marine Le Pen nationale qui souhaite un « vote plus large que celui de la Suisse, car ce que vit la France va bien au-delà ». Au delà de quoi, on se le demande. Et de parler de la nouritture à l’école, de réclamations de jours fériés en entreprise et autres financement public de la construction des mosquées. Et pour finir sous couvert le laïcité, de nous dire « Il faut poser la question de savoir si la Constitution doit reconnaître les communautés, si nous devons continuer à accepter les signes ostensibles d’une religion ».
Il est certain que le problème de la constitution se pose différemment chez nous de chez nos amis Suisses pour lesquels la constitution se fait « Au nom de Dieu Tout-Puissant! ». Quand on pense que Dieu n’existe probablement pas[**], il y a de quoi sourire. Mais ne faisons pas jeux d’intolérance, et laissons aux Suisses leur constitution, car comme le disaient nos pères au Palais Chaillot :
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.
Ça c’était en 1948 et d’une portée relativement universelle. Pour en revenir à Marine Le Pen et la constitution, restons en France où deux ans plus tôt il se disait :
Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et les libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des Droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.
Et ce préambule de la constitution de 1946 est lui même placé en préambule de notre constitution actuelle. Ma compréhension de la chose étant, en gros, « ta race[***] et ta religion : on s’en balance », je considère la question comme close.
Pour le reste, je me demande en quoi il est si important que tous les gamins mangent du porc -je n’imagine pas cette référence à la nourriture autrement- à l’école. Je suppose que c’est parce que le saucisson fait partie de notre identité nationale. Et pour les végétariens, que fait-on, on organise un référendum pour l’interdiction des carottes ? Franchement, est-ce si important que dans nos cantines soit servit un seul et unique repas ? Vouloir construire un débat autour d’une tranche de jambon me paraît bien ridicule.
Je ne m’attarderai pas (trop) sur les autres points soulevés. Les entreprises gérant déjà les jours fériés, les RTTs, les arrêts maladie, les congés paternité et autres jours exceptionnels ; il ne me paraît pas impossible d’introduire des jours dédiées aux fêtes. Religieuses ou non.
Quand au problème du financement de la construction des mosquées par l’Etat, ce qui semble faire grincer des dents c’est le financement de la grande mosquée de Strasbourg par les finances publiques. Hors, s’il est vrai que la loi de 1905 interdit à l’Etat de financer une religion, il faut savoir que les églises, synagogues et cathédrales construites avant 1905 sont propriété de l’Etat et sont affectées, à titre gratuit, pour les activités religieuses. Soyons honnêtes, il y a financement indirect de l’Église par l’Etat. D’autre part, et c’est là tout le bonheur du droit, l’Alsace et la Moselle n’étant redevenue française qu’après la Première Guerre mondiale, elle est toujours soumise au régime antérieur à la loi de 1905, qui prévoit un financement public de l’Église catholique, luthérienne et autres réformées ainsi que la religion juive. Je me répète : en France, il y a financement de l’Église par l’Etat. A défaut d’une laïcité sans tâche, soyons égalitaires et acceptons de financer aussi les mosquées.
Et puis, on finance bien des stades. Désolé, je n’ai pas pu résister
.
En fait je crois que ce qui me travaille c’est l’incompréhension totale de ces gens qui pensent que vivre derrière un mur est quelque chose de souhaitable. Ne parlons pas d’économie mondialisée et autres flux migratoires qui en découlent. Inéluctablement. Plus simplement, posons leur la question : en quoi accepter les autres, leurs cultures et leurs personnalités, risque-t’il de nous nuire ? L’ouverture n’est elle pas, au contraire, un moyen de s’enrichir ? Et quand je parle de richesse, il est ici question de culture, de spiritualité et plus généralement d’humanité. N’est-ce pas la façon naturelle d’avancer ?
J’imagine que cette volonté de fermeture, résulte de la peur et l’ignorance. Ne voyez aucune connotation négative dans ces mots, je le pense comme la peur de l’inconnu.
Aux curieux, je conseille la lecture de « L’Islam expliqué aux enfants » de Tahar Ben Jelloun, ainsi que « Avec tes mains » de Ahmed Kalouaz. Le premier se veut didactique et permet de tirer un trait sur un certain nombre d’idées reçues. Le deuxième témoigne de la relation entre un fils et son père ; l’un né là bas, en Algérie et l’autre né ici, en France. Faisant abstraction de l’intérêt historique et social du bouquin, je dirais que c’est simplement touchant.
Pour les autres, mariez-vous entre cousins, nous vous regarderons tomber.
[**] Oui, comme les clochers de nos églises.
[**] J’ai aussi des choses à dire là dessus, mais c’est un autre sujet.
[***] Ca aussi c’est interessant, on pourait parler de Darwin, de génétique et de supériorité de la croyance populaire sur la vérité scientifique. Mais ça aussi, c’est un autre sujet.
Gooooood morning de me**e
Il y a trois jour, par une merveilleuse répétition du quotidien, mon réveil sonne. Enfin je dis sonne, mais comme tout le monde on a un radio-réveil, merveilleuse invention qui permet de remplacer les insupportables dring-dring, buzz-buzz et autres titititi-titititi par de plus subtils « 300 morts dans un attentat à la voiture piégée », « le réchauffement climatique contribue à la disparition des espèces d’oiseaux » et autres « la bourse de Paris cloture en baisse, mais grâce à l’exploitation de la main d’oeuvre des pays du tiers monde les entreprises du CAC40 se font un max de blé ». Bon j’exagère à peine, mais vous voyez l’idée. D’autant que vous devez subir la même chose. A moins d’être branché sur SkyFun, mais, comment dire : non rien.
Bref, on m’annonce un projet de loi pour punir les délinquants sexuels qui refusent de se soigner.
Soit.
Trois jours après, j’y pense encore: Qui dit soins dit maladie ; si maladie il y a : où est la culpabilité ?
Si un juriste passe par là, je suis preneur d’explications.
Françaises, Français
Je m’étonne que ce jour où une nation se fête et se regarde, on en soit encore à admirer des tanks. Quelque part cela me ramène à mon adolescence, ses montées d’hormones et ses concours de « qui a la plus longue ».
Il est peut-être temps de passer à autre chose.
