J’ai placé plusieurs fois cette image de Melbourne dans le petit matin sans en donner le fond. Je ne voulais pas faire dans le larmoyant, moi qui ai déjà des prédispositions à l’écriture coulante et, surtout, les larmes faciles. Petit manque de courage face au rien.
Quand le téléphone a sonné, il était cinq heures du matin. Le temps de réaliser, d’ouvrir les yeux et d’aller décrocher dans mon anglais du réveil : on avait raccroché. La deuxième fois c’était six heures. Stéphanie m’annonce que mon oncle est mort dans l’après-midi. Conversation silencieuse et ces mots qui n’ont pas de sens. Il faut raccrocher, Stéphanie va passer la nuit qui est déjà derrière moi. Le décalage horaire prend une autre consistance et je me retrouve à l’autre bout du monde.
Mon oncle, il était photographe. Ni reporter, ni artiste. Enfin je ne crois pas. C’est toujours à la fin qu’on se rend compte qu’on se connaît assez peu finalement. Baptêmes, mariages et portraits en studio: la vie. Il shootait avec un F801, c’est un des trucs qu’on partageait. Ça et une affection naturelle. L’évidence à laquelle on ne réfléchie pas. Je respire, je saigne, j’aime. La famille.
Il est six heures du matin, trop tard pour se recoucher. Je boucle cette valise du dernier jour et je photographie le ciel de tous les matins qui viendront après.

Adieu, Melbourne, Avril 2011
Les obsèques ont lieu lundi. Je remets le costume qui a servi en Australie. Ca et une chemise piquée à mon beau-frère histoire d’être au moins à moitié propre. Je prends le blad et un rouleau de FP4+ qui traînait au frigo. J’ai, je crois, besoin du poids de l’appareil sur mon épaule et de l’idée de pouvoir me mettre derrière le miroir du reflex. On dépose les filles à l’école avant d’y aller.
Soleil de plomb. Je vous passe les larmes, les roses, le sable qu’on jette sur le cercueil déjà en terre. Dans le cimetière je me retrouve à nouveau à photographier le ciel.


La main de Stéphanie et le sourire des filles. La vie continue.