L’obésité, ça s’apprend !

vec un enfant à la maison on reçoit souvent des offres promotionnelles -personnelles parce que c’est vous-. Cette fois-ci, j’ai dans ma boite aux lettres une petite enveloppe carrée venant de nos amis de NaissLait TM.

J’ouvre, en fait on ouvre car Julie s’intéresse aussi au courrier, et là : consternation.

La lettre
Nous avons droit à une charmante lettre pour l’anniversaire à venir de notre enfant chéri. Je lis, nous lisons :

Chère Maman,
L’anniversaire de Julie est un moment privilégié qui se partage… bla bla… vous offrant ainsi qu’à Julie des cadeaux ludiques et instructifs.

L’Imagier de Machin
Conçu comme un véritable livre… les moments-clés de sa journée…Pour apprendre à observer et à reconnaître !

Des fiches conseils
Et en plus…. un échantillon de Truc Plus.
Truc Plus, c’est le bon goût de Truc avec des vitamines… aider à bien grandir !

N’hésitez pas à nous écrire… pour nous donner des nouvelles de Julie… Avec ceci, bien évidement, un bon de réduction pour acheter du Truc Plus. Trop cool.

L’imagier
Voici donc le fameux bouquin. Rien de bien excitant, on y voit tout au long de sa journée :

se lèver
déjeuner
se laver les dents
regarder un livre
jouer au ballon
prendre son goûter
prendre son bain
faire  dodo

Ça donne ça, j’ai mis en évidence -parce que c’est vous- les moments-clés de la journée :

Pour des raisons juridiques, la tête de Machin ainsi que son nom sont masqués.

Que retient-on de tout ceci ? Facile :

Il suit les conseils des nutritionnistes, pour son déjeuner il prend du pain, un fruit et un laitage ; dans notre cas un chocolat chaud
Il est propre, il se lave les dents. Le soir, il prend un bain.
Il est intellectuel, il regarde un livre
Il est sportif, il joue au ballon
Il suit les conseils des nutritionnistes, pour son goûter il prend du pain, un fruit et un laitage ; dans notre cas un chocolat froid
Il dort
Evidemment, Il est heureux dans tout ce qu’il fait et plus particulièrement au moment des repas. Un truc me manque quand même. Machin ne mange ni à midi ni le soir ? Étrange.

Partant de là, cet imagier me présentant Il est  heureux dans toutes les position, je commence à comprendre ce qu’on veut que ma fille apprenne à observer et à reconnaître.

Les fiches conseils
Cette petite feuille cartonnée on dirait une fiche de l’encyclopédie Cousteau. Dessus un tableau avec des chiffres dedans. On me dit que c’est plein de vitamines importantes pour bien grandir, être fort, être intelligent. C’est un truc de dingue : il y a tout là dedans. Un truc me manque quand même. Où est le taux de sucre et de graisse ? Je prends l’échantillon : Ah oui, quand même.

Partant de là, cette petite feuille cartonnée qui ressemble à une fiche de l’encyclopédie Cousteau, je commence à comprendre ce qu’on attend de moi.

Le markéting hurlait : Petite ! Tu chercheras dans les rayons des supermarchés, tu feras acheter Truc Plus parce qu’il y a ton ami dessus. Ton père achètera Truc Plus car je lui ai dit que c’était bon pour toi. Maintenant, va !

Et nous de rire.

La poubelle
Je ne prétends pas que Truc Plus va tous nous rendre obèses, mais on essaie ici d’inculquer, d’enseigner, de propagander à ma fille et moi des comportements alimentaires douteux. Allez hop, poubelle !

Je garde quand même l’échantillon, pour mon déjeuner de demain.

Et eux de rire.

Le 13 en force

Ce weekend, nous avons eu la visite de David, Virginie et Lilian alias paxou, paxette et bébé pax.
Oui oui vous avez bien lu, en direct d’Aix en Provence, paxou, paxette et bébé pax. Sous ces noms bizarres se cachent des êtres bien vivants qui font partie de notre cercle de copains, bon ok d’amis, mais ça s’avoue tout juste ça avec des surnoms pareils.

« Bah quoi?… » diraient-ils, mais je m’égare.

Dav (aussi appelé « Bozo » dans un monde parallèle), Mlle Joub (bon d’accord je tairai le surnom du monde parallèle mayennais) et petit nain nous ont donc fait l’honneur de venir nous rendre une petite visite, dans notre Y tant envié pour la qualité de son air.
Au programme, un peu de ballade en quête de notre pitance, un concours de la plus mauvaise nuit et de la plus belle cerne, une rando pour ces messieurs, et quand même bien du plaisir.

Miss Julie a eu son quota d’histoires, David son quota de dénivelé et François son quota de sueur (se représenter un chef belge accro à l’escalade et au vélo en train de prononcer ce mot du plus haut de son accent flamand)…

Quatre heures du math

Des fois je me pose des questions métaphysiques. Sur l’instant c’était : Est-ce que j’aime vraiment ça ?

Pour replacer mes interrogations dans leur contexte original, avant interprétation erronée, je précise qu’il est ici question de randonnée.

En l’occurrence, prenez :

  • deux copains
  • une montagne
  • un réveil bien trop tôt
  • une soirée bien trop arrosée

Réveil à quatre heures du matin, c’est un peu rude. On s’habille, sans parler ; on déjeune, vite fait ; on fait un thermos de thé, très chaud ; on prend la voiture : direction Chamechaude en Chartreuse.

C’est pas très loin, mais à quatre heures trente du matin tout prend une autre dimension. Dans l’ordre on croise :

des étudiants bourrés, tombés de leurs vélos en plein milieu de la route
des voitures
plus rien
un renard
un hibou
une biche
une jeune femme en robe de mariée
Arrivés au col de Porte un peu après cinq heures, on attaque les 756 mètres d’ascension. Il fait nuit complète, on marche à la frontale et assez rapidement : question – Est-ce que j’aime vraiment ça ?

Mais qu’est ce que je fais à cinq heures du matin, en pleine nuit, au milieu des rochers ? Je suis claqué, il fait froid, le vent souffle en rafales bruyantes. On met le coupe vent : trop chaud, on l’enlève : trop froid. Je bois un peu, l’eau est glacée ; en plus j’ai super envie de pi**er. Puis je vois la frontale de David qui se rapproche, alors je repars.

On continue de monter. Premières traces de neige, je ne résiste pas au plaisir de marcher dedans. Ca fait « scronch » et là : réponse

Les yeux qui tirent un peu ; les mouvements des muscles que l’on sent un à un ; l’air que l’on inspire, glacé, jusqu’au fond des poumons ; l’eau qui descend dans l’oesophage ; le coeur qui bat jusque dans les tempes ; les pieds qui tapent sur les cailloux. Etre vivant et le sentir.

On continue de monter. Un petit passage où l’on doit se tenir à un câble et c’est le sommet. 2082 mètres. Il n’est pas encore sept heures.

La haut il y a un vent de dingue. On s’habille au max, tshirt-pull-polaire-coup-vent-bonnet-gants, mais on se pèle quand même ; on descends un peu pour se mettre à l’abri, mais on se pèle quand même. Le thermos sort de son sac. On boit un peu, on mange quelques gateaux mais on se pèle toujours.

Un peu de clarté au dessus de Belledonne, on voit le massif du Mont Blanc au loin. David regarde les massifs et là : réponse

Le jour arrive ; les couleurs changent ; les montagnes s’allongent ; les bruits changent ; le soleil arrive. Etre là et pas ailleurs.

Il est un peu plus de huit heures, ça fait une heure qu’on attend là, au sommet. On attaque la descente. C’est facile : à fond dans les pierriers. En quarante minutes ce sera fait. On croise des randonneurs qui, eux, montent. Matinaux ? qu’ils nous disent.

A la traîne

Il parait qu’on a un mois pour faire ça.

Pour cette année, on vous souhaite plus de rando, d’escalade, de neige, de glace, de cailloux, de soirées avec les copains, de longues discussions, de tartiflette, de camembert, de musique, de lecture, de cinéma, de Saint Nicolas de Bourgueil, de petits riens, de sourires, de photo, d’éclats de rire, de bébés, de petites filles, de petits garçons, de vélo, de forêts, de fruits, de légumes, de sexe, de dessin, de peinture, de bisous, de contrebasse, de rencontres, de voyages, de cartes postales, de découvertes, de sushis, de feux de cheminée.

On vous souhaite aussi moins de voiture, de pollution, de télévision, de magazines people, de poil dans la main, de Carrefour, de temps perdu, de mauvais temps, de temps qui passe.

Bref, bonne année à tous !

On ne peut pas lutter !

Un jour la fée Marie-Caroline s’est penchée sur un berceau, a regardé un nouveau-né et a dit :

Une vraie Tronchoise, non mais c’est génial, elle fera du ski, de l’escalade, des randonnées. Attends, tu ne te rends pas compte, c’est super.

Deux ans plus tard, on y est déjà.

Dimanche dernier, le sept janvier, Julie est montée sur des skis. Bien sur, pas des grands skis, pas longtemps et pas toute seule, mais le truc y est :

  • une planche à droite
  • une planche à gauche
  • une gamelle

Le lendemain au réveil sa première phrase est :

Ils sont où les skis ?

Que voulez-vous que l’on fasse ? On ne peut pas lutter contre sa nature

Merci à Nico pour la vidéo

Rencontre du troisième type

Lundi soir, j’ai rencontré quelqu’un.

Lundi soir, je suis allé chez mon voisin. Il avait organisé une fête. Mon voisin, il est guide de haute montagne. Ses copains, ils sont artistes, intermittents, guides aussi.

Une fille me regarde deux secondes, puis me dit :

  • François, es-tu un mec gai dans la vie ?
  • Euh, ça dépend.
  • Non, mais je veux dire, est-ce que tu as l’impression d’être juste.
  • Tu veux dire ?
  • Est-ce que tu as l’impression d’avoir choisit ton cap, et de suivre ta direction quoi qu’il arrive, d’être bien ?

Dans ce cas, pas vraiment.

Ca se voit. Et pourtant, quand on te regarde, on voit qu’il y a un potentiel énorme.

Rude.

Je reprends un verre de vin. Rouge. Le temps passe. Je suis debout au milieu de la pièce, mon verre dans la main. Je m’ennuie un peu.

De loin, elle m’interpelle :

  • Trop de questions François.
  • Toujours.
  • Tu es né avec, ça se voit.

Re-rude.

Douce nuit, courte nuit

Vendredi soir, je reçois un mail de Guillaume :

C’est un peu tard, mais… je vais sans doute profiter des éclaircies prévues jusqu’en milieu/fin de nuit pour aller photographier le Mont Aiguille au lever de lune… Si ça te tente…départ de Grenoble vers 21h.

Comme il est déjà 21h15, c’est encore loosé.

21h18, le téléphone sonne.

Départ dans une demi-heure. Je n’ai pas mangé, je suis en tongs, je n’ai aucune idée des conditions que l’on va trouver ni du dénivelé estimé et prends de quoi dormir.

Je sors le sac à dos, je bourre en vrac mon duvet, mon sursac (merci Sam), mon matelas, quinze polaires, douze paires de chaussettes, deux frontales, du pain, du fromage, des raisins secs, trois madeleines, deux poches à eau ; mon appareil photo maintenant, un boîtier, six films, trois objectifs 24, 35 et 50mm. Non quatre, je prends le télé aussi. Dix heures, je suis prêt.

Je regarde par la fenêtre, une voiture garée en double-file. Guillaume est là.

Direction plein sud. Une petite heure de route, quelques minutes de piste. On se gare. Il fait nuit noire, le ciel est bien dégagé, le froid est très supportable. On part.

On marche sur un chemin agricole. Quelques plaques de verglas, plus loin on croise un ru. L’eau coule. Juste après, ça monte. Quelques plaques de neige, plus loin des traces d’animaux. Une demi-heure plus tard, on est au col de Papavet.

On plante les trépieds, il n’est pas loin de minuit. Première photo, une pause de quinze minutes à F5.6 avec mon 50mm. D’autres photos ensuite ; ça nous laisse le temps de discuter.

Au bout de cinq ou six vues, mon appareil a trop froid et ne veux plus déclencher. Je change les piles, ça va mieux. Le froid devient plus mordant, la clarté augmente avec l’approche du levé de lune. Vers trois heures, des nuages font leur apparition. Ca monte lentement, mais ça monte. A quatre heures on abandonne l’idée de dormir sur place, on redescend. Mon appareil m’indique dix-huit vues.

Marcher dans la neige, c’est un vrai bonheur de gosse. Ca fait avec la lumière de la frontale on voit des centaines de petits reflets. C’est beau ; c’est vraiment beau. On repasse le ru. Il est gelé maintenant.

Retour à la voiture, retour à Grenoble. Il est cinq heures quand je me couche.

Merci à Guillaume pour les photos. J’ajouterais des photos au retour du labo.

Retour du labo

Toutes les joies de l’argentique se résument ainsi : loupées ?… réussies ?… argh non, loupées… mais non, réussies… soupir…

Cela permet de vivre dans une relative schizophrénie, surtout quand on reçoit un mail qui dit :

hum… je viens de récupérer les diapos… tout noir ! les capteurs et les films semblent ne vraiment pas réagir pareil aux photos de nuit… j’espère que tu ne seras pas trop déçu en récupérant les tiennes : sur mes 40 images argentiques, seules 3 ou 4 sont utilisables…

Bref, je suis allé chercher mes diapos mercredi.

Et finalement, ça fait de jolies traînées d’étoiles sur le mont Aiguille. Joie, bonheur et félicité.

La photo

Je regarde mon appareil et je pense à l’acte photographique. Il faut bien l’avouer, je suis un torturé.

Dans mon crâne passent quelques mots : présent, passé, futur. Puis beaucoup de questions.

Est-ce que je prends une photo, en pensant c’est, ou est-ce que je pense ça n’est (déjà) plus. Qu’est-ce qui me pousse à déclencher ?

Mon oeil est dans le présent, je vois un c’est. Je regarde en témoin une scène dont je veux garder trace. Je déclenche.

Mon oeil est en avance. Ce que je vois, je le vois disparaître : ça meurt. Ces moments passent et ne reviendront pas. Je veux ralentir cette fuite du temps. Je déclenche. Le temps passe quand même. Je suis baisé.
Je me suis d’abord arrêté là. Ca me plaisait cette idée. Et puis d’autres pensées me sont venues dans la tête.

J’ai revu les photos devant la Tour Eiffel ou ailleurs. Marquer ma présence comme le chien qui urine sur ma voiture : j’y étais.

J’ai revu les photos prises au mariage de Patricia et Sébastien ; ou ailleurs. Ne pas rester assis, chercher un angle, déclencher. Une fois, deux fois, trois fois, vingt fois. Ces images je les fais un peu parce que j’avais pris mon appareil. Ne pas le laisser dans le sac. Je déclenche nécessairement.

Le plus étrange dans tout ça, c’est que l’objet photo ne contient pas le sentiment qui l’a mis au monde.

Ce que je te montre, tu ne me comprends pas.

Le bonheur, c’est quoi ?

J’adore aller au parc avec ma fille. C’est l’occasion de voir d’autres enfants, de faire du toboggan, de se détendre : Le bonheur quoi.

Dimanche nous sommes allés au parc du jardin botanique avec Tom.

Julie était sur une passerelle en bois, à peu près au milieu. Un gamin, environ quatre ans, duffle-coat, pantalons en velour et raie sur le côté, arrive ; monte sur la passerelle et dit : Recules !

J’engueule joyeusement le gamin mais, manque de bol, son père était à côté de moi et me dis : Ce ne sont que des enfants et puis, ça les prépare pour l’avenir.

Du coup son gamin passe et Julie recule. L’avenir ? La loi du plus fort et l’individualisme. Monde de merde : première.

Tom était entrain de grimper à un filet de cordes rejoignant une passerelle. Un gamin, environ cinq ans, baskets bon marché et pull super-héros, arrive ; monte sur la passerelle et fait exprès de coincer la tête de Tom entre lui et une barre métallique.

J’engueule joyeusement le gamin mais, celui-ci ne se retourne pas et s’en va.

J’imagine l’autorité des parents et l’équilibre du gamin. Monde de merde : deuxième.

Et moi qui apprends à Julie le chacun son tour et le partage.